Dessin d'un détail architectural d'une voûte, attribué à Claudio Coello

Claudio Coello (1642–1693) fut l'un des plus grands peintres de l'école baroque de Madrid au XVIIe siècle, époque coïncidant avec le règne du roi Charles II d'Espagne. Fils d'un sculpteur portugais, Coello fut l'apprenti de Francisco Rizi, un des artistes qui insufflèrent davantage d'exubérance italienne dans l'art espagnol. Coello peignit de nombreuses fresques dans les années 1670 et développa son sens théâtral somptueux et son penchant pour l'architecture en trompe–l'œil. Il participa à la conception des arcs de triomphe célébrant l'entrée dans Madrid de Marie–Louise d'Orléans lors de son mariage au roi Charles en 1679. Le roi remarqua le travail de Coello et le nomma peintre de la cour. La plupart des fresques de Coello n'ayant pas survécu, il est aujourd'hui surtout connu pour ses portraits et œuvres religieuses. Le dessin présenté ici, attribué à Coello, montre l'influence de la quadratura (peinture ou dessin d'un effet illusionniste semblant prolonger l'architecture réelle en un espace imaginaire), typique de l'école bolonaise. Angelo Michele Colonna et Agostino Mitelli introduisirent ce genre en Espagne en 1658, lorsque Velázquez les chargea de la décoration du palais de l'Alcazar à Madrid. L'application de la quadratura est toujours di sotto in su, technique de perspective signifiant « vue de dessous ». Ce genre est généralement utilisé pour décorer les murs et les plafonds des palais et des églises. Coello apprit cette technique et l'appliqua à Madrid et à Saragosse, où il décora dans les années 1683−1684 la Manteria, église de la confrérie des Augustins de Saint–Thomas de Villeneuve.

Constitution de la monarchie espagnole, promulguée à Cadix le 19 mars 1812

Le 19 mars 1812, durant la guerre d'indépendance espagnole (1808−1814), les Cortes de Cadix promulguèrent la constitution de la monarchie espagnole, affectueusement surnommée « La Pepa » pour avoir été édictée le jour de la Saint–Joseph. La constitution, qui comptait dix titres et 384 articles, était empreinte d'un caractère libéral. Il s'agit de la première constitution d'Espagne à établir une souveraineté nationale et la séparation des pouvoirs. Elle déclarait l'intention d'introduire une réorganisation profonde de l'État basée sur les principes libéraux, ce qui constitue la principale caractéristique du document. Le roi Ferdinand VII régna brièvement en 1808, avant d'être renversé par Napoléon. Ferdinand remonta sur le trône en 1813, à la fin de la guerre d'indépendance. À son retour au pouvoir, il abolit la constitution, restaurant la monarchie absolue. Ferdinand demeura au pouvoir jusqu'à la fin de son règne en 1833, à l'exception des trois ans d'interrègne libéral de 1820 à 1823, lorsque la constitution de Cadix fut rétablie comme loi fondamentale de l'État. Cette édition de la constitution de 1812 fut publiée en 1822, pendant le triennat libéral. Le graveur de la cour de Sa Majesté, José María de Santiago, fut chargé de produire une édition de luxe plus petite dédiée au Congrès. Toutes les pages sont décorées et le texte est encadré d'une bordure architecturale. Le début de chaque titre est orné d'une vignette allégorique faisant allusion à son contenu.

Grammaire de la langue castillane

L'ouvrage présenté ici est la première grammaire de la langue castillane. Il s'agit également de la première grammaire d'une langue vernaculaire jamais imprimée en Europe. Le livre fut publié en 1492, à une époque où le castillan n'était pas encore considéré comme une « langue de culture ». L'auteur, Antonio de Nebrija (1444−1522 env.), avait précédemment écrit Introductiones latinae (Introduction au latin). Il arriva à la conclusion que les élèves pourraient mieux étudier le latin s'il existait des règles établies pour leur langue natale, le castillan, et si ces règles leur étaient enseignées. L'ouvrage est divisé en cinq livres : « Orthographe », « Prosodie », « Étymologie », « Syntaxe » et « Introductions à la langue castillane pour les étrangers souhaitant l'apprendre ». Le texte est imprimé en caractères gothiques noirs, mais de l'encre rouge et noire fut utilisée pour la première page. Les espaces laissés vides dans tout l'ouvrage devaient accueillir de grandes lettrines, qui ne furent jamais ajoutées.

Règle des cinq ordres de l'architecture : le toscan, le dorique, l'ionique, le corinthien et le composite, empruntés aux antiquités romaines par moi, Giovanni Battista Montano de Milan

La précieuse collection de dessins conservée à la Bibliothèque nationale d'Espagne est reconnue pour la qualité exceptionnelle de ses dessins italiens datant de la période du XVIe au XIXe siècle. Le dessin architectural présenté ici, qui suit les conventions baroques, est un autoportrait de Giovanni Battista Montano (1534−1621), représenté tenant un compas et une règle. Les allégories de l'Architecture et de la Géométrie sont visibles de chaque côté. Le dessin fut créé pour servir de frontispice au traité non publié de Montano, dans lequel il interpréta les œuvres d'architectes tels que Palladio et Vignola, et utilisa l'autre source majeure du savoir architectural de l'époque, les ruines de l'Antiquité classique. L'érudit contemporain Delfín Rodríguez a démontré que l'album de 45 dessins architecturaux de Montano, également conservé à la Bibliothèque nationale d'Espagne, était clairement influencé par Vignola et Palladio. De son temps, Montano fut considéré comme un sculpteur sur bois talentueux, un essayiste et un dessinateur d'architecture. Ses gravures des vestiges architecturaux romains inspirèrent grandement Borromini et Bernini. Membre de la prestigieuse Accademia di San Luca, association fondée pour répondre aux besoins non seulement éducatifs et professionnels, mais également des peintres et des sculpteurs à Rome, Montano fut en partie responsable de la conception de l'église de l'académie. Ses dessins sont aujourd'hui dispersés entre de nombreuses bibliothèques européennes.

Robinson le jeune, amusement utile pour les enfants

La première traduction allemande de Robinson Crusoé, de Daniel Defoe, fut publiée en 1720, un an à peine après la parution du roman d'origine à Londres. L'ouvrage devint rapidement très populaire. Seulement quelques années plus tard, les « robinsonnades » allemandes, versions imitant le roman de Defoe du naufrage et de la survie, apparurent sur le marché. Le théologien, professeur et écrivain Joachim Heinrich Campe produisit une adaptation, en deux volumes, de l'œuvre d'origine, intitulée Robinson der Jüngere (Robinson le jeune). Le livre, publié en 1779 (premier volume) et 1780 (deuxième volume), était destiné aux enfants de six à dix ans. Le Robinson de Campe reparut ensuite dans de nombreuses impressions et éditions jusqu'au milieu du XXe siècle, comptant aujourd'hui parmi les livres pour enfants les plus populaires jamais écrits en allemand. Campe ajouta une intrigue secondaire à l'histoire principale, dans laquelle un jeune naufragé allemand survit en pleine nature sur une île déserte. Cette intrigue, qui permet d'associer les aventures de Robinson à un lectorat plus jeune, contient de nombreuses observations morales et pédagogiques visant à instruire ces lecteurs. Les premières éditions des deux volumes de Robinson der Jüngere sont présentées ici.

Amusantes histoires et plaisantes images

Heinrich Hoffmann, médecin et écrivain de Francfort, publia Lustige Geschichten und drollige Bilder (Amusantes histoires et plaisantes images) en 1845 sous le pseudonyme « Reimerich Kinderlieb ». Par la suite, son livre acquit une renommée internationale sous le titre encore utilisé aujourd'hui : Der Struwwelpeter (Pierre l'ébouriffé). Une seconde édition de 5 000 copies fut imprimée en 1846. Cette édition, qui est présentée ici, contient deux autres contes : « Die gar traurige Geschichte mit dem Feuerzeug » (La très triste histoire avec le briquet) et « Die Geschichte von dem Zappel–Philipp » (L'histoire de Philippe–le–surexcité). La dernière page du livre (page 20) contient la célèbre image de Pierre l'ébouriffé, comme Hoffmann le voulut initialement. D'autres éditions suivirent rapidement et deux contes supplémentaires furent ajoutés, à savoir « Die Geschichte vom Hanns Guck-in-die-Luft » (L'histoire de Jean Tête–en–l'air) et « Die Geschichte vom fliegenden Robert » (L'histoire de Robert–le–volant). À partir de la cinquième édition, le livre parut sous la forme la plus familière pour le lecteur moderne, c'est–à–dire avec toutes les histoires, l'image de Pierre l'ébouriffé sur la couverture et le titre Der Struwwelpeter oder lustige Geschichten und drollige Bilder (Pierre l'ébouriffé, ou amusantes histoires et plaisantes images).

L'Australie en 142 illustrations photographiques après une décennie d'expériences

William Blandowski (1822−1878) fut pionnier dans de nombreux domaines. Né à Gleiwitz, en Haute–Silésie (aujourd'hui Gliwice, en Pologne), Blandowski partit pour l'Australie en 1849 afin de compiler « une histoire naturelle, une classification botanique et une composition géologique de ce pays ». Il rejoignit l'une des premières ruées vers l'or dans l'État de Victoria, où il inventa une puissante pompe à eau. Blandowski participa à plusieurs expéditions, lors desquelles il collecta de nombreux spécimens et tenta de dresser la première liste de mammifères et d'oiseaux de Victoria. Ses dessins sont remarquables pour leur précision et leur valeur artistique. Son application de la photographie, récemment inventée, à des fins scientifiques est moins connue. Cet album, créé comme copie de l'auteur après son retour d'Australie en Allemagne, contient l'album de tirages photographiques des dessins et gravures (uniquement quelques–uns sont à proprement parler des photographies) de Blandowski, accompagné d'annotations manuscrites et de planches du portfolio de son livre non publié Australia Terra Cognita (désormais conservé à la Bibliothèque de l'État de la Nouvelle–Galles du Sud, dans la collection Mitchell). Seul le carnet avec les annotations de Blandowski, sans les tirages, fut imprimé par Gustav Neumann à Gleiwitz (1862), raison pour laquelle à peine deux exemplaires de l'album existent aujourd'hui : la copie de l'auteur (texte et tirages), conservée à Berlin, et une copie incomplète ne contenant que les tirages, conservée à la Bibliothèque Haddon de l'université de Cambridge. Cette publication sommaire constitue le dernier travail de Blandowski en tant que naturaliste de l'Australie. Lorsque le projet échoua, Blandowski, au bord de la faillite, l'abandonna et s'établit comme photographe dans un studio à Gleiwitz.

Les poèmes italiens du maître Francesco Petrarcha

L'érudit et imprimeur vénitien Aldo Manuzio (1449 ou 1450−1515) fut le premier à produire ce que l'on appelait les libri portatiles (livres de poche), éditions de textes sans commentaires savants in–octavo, format jusque–là utilisé uniquement pour les livres de prières. Manuzio publia cette édition des poèmes de Pétrarque (ou Francesco Petrarca, 1304–1374) en juillet 1501, exemple remarquable de ses capacités d'innovation en tant qu'imprimeur. Cette publication de Pétrarque par Manuzio fut le premier livre de poche en italien. Elle fut imprimée en italique, style que Manuzio introduisit et conçut en imitant l'écriture manuscrite de son temps. Le texte proprement dit fut édité par l'érudit Pietro Bembo à l'aide d'un manuscrit de Pétrarque. Si la plupart des œuvres de Pétrarque étaient en latin, il est mieux connu pour ses poèmes lyriques italiens. La célèbre collection Aldine de la Bibliothèque d'État de Berlin renferme trois exemplaires de l'édition de Pétrarque : la copie papier présentée ici, ainsi que deux copies enluminées et illustrées imprimées sur parchemin. Une des deux copies sur parchemin possède un frontispice en armoiries représentant les Priuli, famille noble de Venise, tandis que l'autre arbore un portrait de Pétrarque. Les copies sur parchemin sont également présentées sur le site de la Bibliothèque numérique mondiale.

Les poèmes italiens du maître Francesco Petrarcha

L'érudit et imprimeur vénitien Aldo Manuzio (1449 ou 1450−1515) fut le premier à produire ce que l'on appelait les libri portatiles (livres de poche), éditions de textes sans commentaires savants in–octavo, format jusque–là utilisé uniquement pour les livres de prières. Manuzio publia cette édition des poèmes de Pétrarque (ou Francesco Petrarca, 1304–1374) en juillet 1501, exemple remarquable de ses capacités d'innovation en tant qu'imprimeur. Cette publication de Pétrarque par Manuzio fut le premier livre de poche en italien. Elle fut imprimée en caractères italiques, que Manuzio introduisit et conçut en imitant l'écriture manuscrite de son temps. Le texte proprement dit fut édité par l'érudit Pietro Bembo à l'aide d'un manuscrit de Pétrarque. Si la plupart des œuvres de Pétrarque étaient en latin, il est mieux connu pour ses poèmes lyriques italiens. La célèbre collection Aldine de la Bibliothèque d'État de Berlin renferme trois exemplaires de l'édition de Pétrarque : la copie papier, ainsi que deux copies enluminées et illustrées imprimées sur parchemin. Une des deux copies sur parchemin possède un frontispice en armoiries représentant les Priuli, famille noble de Venise, tandis que l'autre, présentée ici, arbore un portrait de Pétrarque. Les deux autres éditions de Pétrarque de la Bibliothèque d'État de Berlin sont également présentées sur le site de la Bibliothèque numérique mondiale.

« Astrolabium » de Thurneysser

Archidoxa (1569), recueil de prédictions et d'idées astrologiques, est l'un des ouvrages les plus célèbres de Leonhard Thurneysser (ou Thurneisser, 1530−1596 env.), érudit d'un grand savoir scientifique, dont la pratique de l'alchimie lui valut d'être dénoncé par certains de ses confrères scientifiques. Outre Archidoxa, Thurneysser publia en 1575 Astrolabium. L'astrolabe était composé de disques rotatifs représentant les constellations et d'autres caractéristiques des cieux, destinés à déterminer le parcours des planètes et leurs influences. En théorie, l'instrument permettait à son utilisateur de prédire son destin ou les catastrophes naturelles. Ce livre fut utilisé pour créer des horoscopes individuels à l'aide des volvelles (disques de papier). La gravure de l'ouvrage fut attribuée à Peter Hille. Chaque feuille comporte un grand diagramme horoscopique, caractéristique centrale, entouré d'une décoration détaillée et sophistiquée représentant les attributs et les équipements chimiques nécessaires aux principales activités de Thurneysser. Dans la partie supérieure, de part et d'autre du schéma, deux boucliers sont ornés de figures associées à la planète en question, à la différence près que toutes les feuilles sont les mêmes. Un texte explicatif dans un cadre figure au–dessus de chaque astrolabe. Tous les plateaux colorés à la main dans l'ouvrage contiennent une constellation différente, ainsi qu'un Des Menschen Cirkel und Lauff (cercle de vie des hommes) avec jusqu'à six disques représentant les étoiles fixes et un Baum des Lebens (arbre de vie).