9 juin 2015

Itinéraires de voyage de l'Arabie du Nord

Cette carte approximative montre les itinéraires de pâturage des Bédouins dans le désert d'Arabie, de Palmyre, en Syrie, au nord du Hedjaz (aujourd'hui en Arabie saoudite), au sud. Elle fut publiée par la Société de géographie de France en 1884. La carte fournit peu de détails topographiques précis, mais elle indique des caractéristiques importantes telles que le « plateau basaltique » ou les « puits ayant de l'eau toute l'année ». Les limites approximatives de certaines sous-divisions tribales de la confédération très étalée des Shammar figurent sur la carte, avec leurs pâturages traditionnels. Elle inclut également les oasis et les sites préislamiques. Les cartouches montrent en détail les villes oasis de Khaybar et de Madâin Sâlih. Le relief est représenté par des lignes de contour et des points cotés en mètres, et l'échelle est fournie en kilomètres. La carte comporte un glossaire arabe−français de termes topographiques, ainsi qu'une légende des translittérations de mots arabes. Le voyageur français Charles Huber (1837−1884) explora cette région de 1879 à 1881 à la demande du ministre français de l'Éducation, puis à niveau en 1883−1884. Cette carte fut réalisée pendant sa première exploration. Des croquis et des cartes plus détaillés accompagnèrent la publication du récit complet de son voyage Journal d'un voyage en Arabie, 1883–1884. Le gouvernement français et la Société parrainèrent les publications et les voyages d'Huber. En 1884, durant son deuxième voyage, Huber fut dépouillé, puis assassiné par ses guides près de Djedda. La carte parut dans le Bulletin de la Société. Elle fut créée par le cartographe Jules Hanson (1849−1931) et produite par la maison Erhard, éminent graveur et imprimeur.

Arabie centrale : route du golfe Persique à la mer Rouge

Cette carte inclut trois vues de la péninsule arabique centrale. Elle fut créée par Harry Saint John Bridger Philby (1885−1960), Britannique légendaire, aventurier, conseiller politique, auteur, espion et voyageur du début de l'époque moderne le plus célèbre en Arabie, sur laquelle il publia plusieurs livres. La carte est consacrée aux caractéristiques topographiques le long des itinéraires des voyages de Philby. La carte au centre montre la route à travers la péninsule arabique, de Riyad à Djedda (Jeddah), empruntée en 1917 durant une mission diplomatique auprès d'Ibn Séoud, futur roi d'Arabie saoudite. Le plus grand des deux cartouches représente la suite de son voyage, du golfe Persique à Riyad, tandis que l'autre montre l'ensemble du centre de la péninsule, mais sur une plus petite échelle. Le cartouche plus petit indique les routes arpentées en 1917−1918. La carte comporte un glossaire de termes topographiques arabes et des notes expliquant les méthodes géodésiques de Philby. Ces notes mentionnent le colonel Lewis Pelly (1825−1892), officier de la Compagnie anglaise des Indes orientales et résident politique en Perse, ainsi que le capitaine William Shakespear (1878−1915), explorateur et cartographe. Le relief est représenté par des ombrages et des points cotés en mètres, et les échelles de distance sont fournies en kilomètres et en miles pour la carte principale. Fonctionnaire du gouvernement, Philby fut un des négociateurs majeurs avec les chefs tribaux arabes pendant la Première Guerre mondiale. À la suite de ce conflit, il participa à la rédaction de la constitution du nouveau royaume d'Irak. Après son service public, il entretint des liens à long terme avec Ibn Séoud et soutint sa cause lors des négociations diplomatiques et pétrolières, ainsi que dans des écrits publics. Philby est également connu pour avoir été le père de Kim Philby (1912−1988), espion à la solde de l'Union soviétique, travaillant au sein des services secrets britanniques. La carte fut publiée par la Société royale de géographie, dont Philby était membre, dans la revue Geographical Journal en décembre 1920.

Protectorat d'Aden

Cette carte d'Aden, à l'extrémité sud de la péninsule arabique, fut publiée en 1914 à partir des données collectées de 1891 à 1894 et de 1901 à 1904. Elle montre notamment les montagnes, les oueds, les établissements humains, les limites tribales, les voies de transport et de communication, ainsi que les caractéristiques topographiques. Les travaux cartographiques furent dirigés par le lieutenant–colonel F.B. Longe, à l'époque arpenteur général de l'Inde. La carte fut publiée par le service topographique de l'Inde sous son successeur, le colonel Sidney Burrard. Elle présente des caractéristiques inhabituelles et de nombreuses désignations sont ambiguës. Le fait que le port d'Aden et son port stratégique rival de Perim (Jazirat al Barim) soient représentés très sommairement est étrange, étant donné leur importance en tant que postes d'approvisionnement en charbon pour la marine britannique et les navires marchands. La carte comporte une brève légende et une échelle de distance en miles ; le relief est représenté par des hachures et des points cotés en pieds. Elle indique que le Jabal an Nabi Shu'ayb s'élève à 8 588 pieds d'altitude, alors que la montagne culmine en réalité à 3 670 mètres (soit plus de 12 000 pieds). La carte montre la frontière anglo–ottomane, sinueuse et souvent peu claire, qui existait lors de l'éclatement de la Première Guerre mondiale. Une note fait mention des autres feuilles de la série des cartes d'Asie du Sud–ouest, accompagnant celle présentée ici. Le port d'Aden et les nombreux royaumes de l'hinterland devinrent des possessions britanniques en vertu d'un traité à la fin des années 1830, puis ils finirent par former le protectorat d'Aden, territoire sous administration indienne britannique. La carte fut imprimée à la presse du service topographique de l'Inde à Calcutta, à l'aide de la technique appelée photozincographie, procédé photographique utilisant des plaques de zinc développé en Grande-Bretagne et permettant la reproduction précise d'images et de texte.

Carte de guerre de l'Égypte et du Proche–Orient (numéro 6), parue dans le « Daily Telegraph »

Cette carte générale du Moyen-Orient, publiée à Londres en 1918, montre l'Anatolie, l'Égypte et le désert d'Arabie. Malgré son titre, elle ne met pas l'accent sur le théâtre de guerre de la région. Les frontières politiques sont vagues, à l'exception de la frontière orientale de l'Égypte, et des frontières iraniennes et russes. La carte parut à la fin de la Première Guerre mondiale, avant la division des territoires ottomans par la Société des Nations. L'Arménie couvre sur cette carte une grande partie de l'Asie Mineure. Le détroit d'Ormuz à l'entrée du golfe Persique est désigné comme « côte des pirates ». Les actuels États du golfe Persique sont appelés « Compagnie des Indes orientales (Grande-Bretagne) ». Les chemins de fer existants et proposés, les routes et les pistes sont indiqués. Les cartouches montrent la péninsule du Sinaï, les pays voisins et l'ensemble de la région d'Asie du Sud–ouest. La carte parut probablement avec le journal The Daily Telegraph. Elle fut publiée par Geographia, société britannique qui imprima de nombreuses cartes de guerre entre 1914 et 1918, avec le slogan publicitaire : « La série de cartes de guerre à prix abordables la plus complète jamais parue ». Les cartes étaient vendues sous forme de feuille simple, telle que celle–ci, ou dans des éditions de poche pliables. Geographia fut fondée en 1911 par le cartographe Alexander Gross. Personnage haut en couleur au dire de tous, il fut décrit comme « un immigrant hongrois truculent ». Sa fille, la cartographe commerciale accomplie Phyllis Pearsall, raconta qu'il était « un père impossible (mais aimé, en rétrospective) ». Après la guerre, Geographia fit faillite et Gross immigra à New York, où il rétablit son affaire. Dans les années 1930, Pearsall relança la société cartographique à Londres sous le nom de Geographers' A−Z Map Company.

Élucidation complète de l'interprétation du Coran

Cet ouvrage est la plus ancienne édition imprimée du commentaire fondamental par Muhammad ibn Jarir al-Tabari sur le Coran, appelé Tafsīr al–Ṭabarī (Exégèse d'al–Tabari). Le texte en 30 volumes est accompagné, dans les marges, de Gara'ib al–Qur'an wa–ragha'ib al–Furqan (La preuve souhaitée de l'excellence du Coran), commentaire de l'exégète et astronome persan du Moyen Âge Nizam al–Din al–Nisaburi. Les érudits conviennent que la transmission minutieuse par al–Tabari des anciens commentaires et des approches méthodologiques de l'interprétation scripturale, désormais disparues, constituent l'intérêt le plus important de Tafsīr al–Ṭabarī. Comme avec son célèbre Tarīkh al–Ṭabarī (L'histoire d'al–Tabari), les fondations qu'il posa sont à la base non seulement des connaissances actuelles sur les premiers 200 ans de l'histoire islamique, mais également du débat intellectuel. Le livre comporte des citations d'anciens érudits, transmises par voie orale ou écrite. Les savants soulignent qu'al–Tabari (838−923 env.) utilisa la dictée pour composer cet ouvrage. Cette méthode impliquait que les élèves relussent leurs notes au professeur, pour s'assurer que tout était correct, après que celui–ci eût donné un cours. Si le professeur approuvait le texte, l'élève était autorisé à le retransmettre à l'oral ou à l'écrit. De nombreuses copies de Tafsīr al–Ṭabarī furent probablement produites, car l'ouvrage gagna rapidement un statut de texte majeur. C'est lors de ses voyages à travers le monde islamique qu'al–Tabari collecta les traditions exégétiques contenues dans le Tafsīr. Il finit par s'établir à Bagdad, centre intellectuel du monde islamique, où il acquit une grande renommée et devint un érudit, un polymathe et un enseignant inlassable. Cette série de volumes fut entièrement indexée par les imprimeurs–éditeurs, ce qui en facilita la consultation. Les thèmes abordés ont trait à l'ensemble des intérêts de l'époque, notamment la linguistique, la lexicographie et même la poésie préislamique. L'édition présentée ici fut considérée comme le texte standard pendant près de 70 ans, jusqu'à ce que l'édition du Caire de 1969 la remplaçât. Le commentaire de Nisaburi (mort en 1328 ou 1329) dans les marges concorde avec le texte principal d'al–Tabari sur le plan de l'organisation, mais pas de la substance. Ce tafsir n'est pas du même ordre d'importance que celui d'al–Tabari. Nisaburi préféra choisir des sujets du Coran et fonda plutôt ses réflexions sur un théologien antérieur, Fakhr al-Din Muhammad al–Razi (1149 ou 1150–1210).

La guerre russo–allemande. 1914

Cette estampe, représentant une scène de bataille entre les troupes russes et allemandes en 1914, est extraite de la collection d'affiches de style loubok de la Première Guerre mondiale, conservée à la British Library. La légende indique : « Le 7 août, l'armée allemande près de Gumbinnen introduisit dans la bataille au moins trois corps et tenta d'encercler notre flanc droit. Les combats devinrent extrêmement intenses. Nous prîmes l'offensive au centre et capturâmes de nombreuses armes. Le 8 août, notre flanc gauche avança ; à la nuit tombée, nous annihilâmes l'ennemi. Les troupes adverses demandèrent un cessez–le–feu pour emporter les morts et les blessés, mais cette requête fut refusée. Le 9 août, les efforts héroïques de nos soldats furent couronnés de succès. Ayant subi de lourdes pertes, les Allemands se replièrent, pourchassés par nos troupes ». Le loubok, mot d'origine russe, est une estampe populaire créée à partir de gravures sur bois ou à l'eau-forte, ou plus tard à l'aide du procédé lithographique. Les estampes, qui pouvaient s'accompagner d'un texte, étaient souvent caractérisées par des images simples, colorées et narratives. Les loubki devinrent populaires en Russie à partir de la fin du XVIIe siècle. Les estampes, venant souvent illustrer le récit d'un événement historique, d'un conte littéraire ou religieux, permettaient de diffuser ces histoires auprès de la population analphabète. Le ton de ces images expressives était très varié, allant de l'humour à l'enseignement, en passant par le commentaire social et politique sévère. Clairs et faciles à comprendre, certains dessins étaient produits en série, ouvrant la voie à la bande dessinée moderne. Leur reproduction, peu coûteuse, fit entrer l'art dans les foyers des masses. Initialement, les classes supérieures n'accordèrent aucun crédit à ce style artistique, mais à la fin du XIXe siècle, la notoriété du loubok était telle que les artistes professionnels s'en inspirèrent. Pendant la Première Guerre mondiale, les loubki informaient les Russes des événements sur le front, remontaient le moral et servaient de propagande contre les combattants ennemis.