9 juin 2015

Décret de Gratien

Decretum Gratiani, également appelé Concordantia Discordantium Canonum, est un recueil de droit canonique rédigé en 1140 environ par Gratien, moine bénédictin d'Italie considéré comme le père de l'étude du droit canonique, qui enseigna au monastère des Saints–Nabor–et–Félix à Bologne. L'ouvrage fut utilisé à la faculté de droit de l'université de Bologne, puis dans d'autres universités européennes. Gratien s'inspira de canons existants issus des conciles tenus jusqu'au deuxième concile de Latran, en 1139, compris. Différent cas juridiques sont abordés à l'aide de causae (causes) fictives ou hypothétiques. Ce codex, datant du XIIe siècle, de l'abbaye de Schäftlarn, près de Munich, est le plus ancien manuscrit connu de Decretum Gratiani, incluant des illustrations complètes des causes individuelles. Les dessins à la plume furent exécutés sur un fond coloré dans les lettrines au début de chaque cause. Pour la cause 15, le cas d'un ecclésiastique est représenté avec virtuosité. Avant son ordination, l'ecclésiastique eut une liaison avec une femme, puis il commit un meurtre alors qu'il était prêtre et il est désormais présenté devant un tribunal par son ancienne maîtresse.

« Sur la nature des choses » et « Sur les temps » par Bède. Lettres par saint Jérôme et Pseudo–Jérôme. Dessins allégoriques avec commentaires et gloses

Ce manuscrit contient deux ouvrages de l'érudit anglo–saxon Bède le Vénérable (673−735) sur les Computus (Calculs), De natura rerum (Sur la nature des choses) et De temporum ratione (Sur les temps), ainsi que des lettres par saint Jérôme et Pseudo–Jérôme. Vers la fin du XIe siècle, des dessins à la plume furent ajoutés au recto du feuillet 63, page à l'origine laissée blanche. Ils représentent des monstres composés de parties de différents animaux. En haut, la créature possède une tête d'oiseau avec des oreilles d'âne, une queue de dragon se terminant en une queue de paon, une aile avec un bras humain et une patte avec un sabot de bovin. La deuxième créature est dotée d'une tête de chien avec des bois de cerf ; elle tient dans ses bras et ses mains d'humain un gourdin, et ses pattes se terminent par des griffes ou des sabots. Les vers en latin accompagnant les dessins expliquent leur signification symbolique au Moyen Âge. Par exemple, un bec d'oiseau symbolise la loquacité et les bois de cerf l'arrogance. Les vers et les images devaient servir à des fins didactiques, dans les classes de latin et pour aborder les questions de philosophie morale. Le manuscrit appartint au monastère bénédictin de Tegernsee, puis il fut transféré à Munich en 1803.

Livre de prières de l'empereur Maximilien Ier

Il existe six copies connues de ce livre de prières, qui fut imprimé sur parchemin dans une édition de seulement dix exemplaires à la demande de l'empereur du Saint Empire romain Maximilien Ier (1459−1519) pour les chevaliers de l'ordre de Saint–Georges. Il s'agit ici de l'exemplaire de Munich. Considérée comme la copie personnelle de l'empereur, elle se distingue par ses dessins à l'encre de couleur dans les marges des feuilles. Les dessins, réalisés par les artistes allemands les plus importants de l'époque d'Albrecht Dürer (1471−1528), figurent parmi les illustrations de livre les plus précieuses jamais produites. Dürer (auteur des dessins marginaux dans les dix premiers ensembles) et Lucas Cranach l’Ancien (1472−1553) dessinèrent les illustrations pour la partie de Munich du livre de prières, qui allie les concepts picturaux chrétiens, le mythologique et le profane. Le texte débute par les phrases : « Une prière à son propre ange. Ô Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur. Et deviens mon gardien tous les jours de ma vie ». Un deuxième fragment, de 57 feuilles, est conservé à la bibliothèque municipale de Besançon. Cette partie de l'ouvrage fut illustrée par Hans Burgkmair l'Ancien (1473−1531), Hans Baldung Grien (mort en 1545) et plusieurs autres artistes. Le type « gothique de livre de prières », provenant de l'écriture chancelière bohémienne de la fin du XVe siècle, ainsi que les réglages, produisent l'effet d'un manuscrit archaïque. Appartenant initialement à la collection de Perrenot de Granvelle, cette copie fut acquise à la fin du XVIe siècle probablement par le duc Maximilien Ier de Bavière.

Livre de péricopes (parties) d'Henri II

Cet évangéliaire manuscrit, probablement l'ouvrage le plus impressionnant de l'école d'enluminure de Reichenau, fut produit à la demande d'Henri II (973–1024) pour la cathédrale de Bamberg, qu'il fonda en l'an 1007 et inaugura en l'an 1012. Un poème dédicatoire et une miniature pleine page, où Henri et son épouse Cunégonde sont couronnés par le Christ, commémorent le donateur royal, qui devint empereur du Saint Empire romain en 1014 et qui fut ultérieurement canonisé. Le manuscrit, aux proportions généreuses, avec ses larges marges, mêle une exécution très soignée à une extraordinaire puissance artistique. Grâce à ses personnages audacieusement expressifs et à leurs gestes impérieux, l'enluminure de Reichenau se sublime. L'empereur, qui est nommé à nouveau dans une inscription, fournit des matériaux précieux pour réaliser la couverture. L'ivoire représentant la Crucifixion, de l'époque de Charles le Chauve, provint probablement de la quatrième de couverture du Codex aureus, évangile du IXe siècle écrit pour l'empereur Charles le Chauve et conservé au monastère de Saint–Emmeran. Les émaux byzantins du Christ et des apôtres sont des pièces d'une couronne votive ou d'une femme, peut–être issue de l'héritage de l'empereur du Saint-Empire romain Otton III (980−1002), à l'instar de nombreux précieux codex. Dans les angles, les émaux délicats cloisonnés contenant les symboles des Évangélistes furent, comme le reste de l'orfèvrerie, spécifiquement conçus pour la couverture. Cette couverture fut produite à Ratisbonne ou à Bamberg, mais pas à Reichenau. Le manuscrit fut inscrit au Registre de la Mémoire du monde de l'UNESCO en 2005.

Le bassin oriental de la Méditerranée, la mer Rouge et le golfe Persique

Cette carte italienne, non datée, du Moyen-Orient fut publiée par la société G.B. Paravia de Turin, en Italie. Il s'agit d'une carte politique marquant les frontières entre les États et les empires à la date de son impression, probablement à l'extrême fin du XIXe siècle. La référence à la Somalie italienne (Somalia Italiana sur la carte) suggère une datation. Plusieurs protectorats italiens furent établis dans la corne de l'Afrique dès la fin des années 1880, révélant l'époque de production de la carte. Des tracés de couleur délimitent les frontières politiques internationales. Les juridictions et limites internes ne sont généralement pas précisées, telles que dans le cas du Soudan anglo–égyptien (Sudan Anglo–Egiziano sur la carte), où le Soudan est représenté comme une extension de l'Égypte, donnant un autre indice quant à la datation, car la double tutelle sur le Soudan commença en 1899. La zone en bas à gauche de la carte, qui est appelée Soudan, correspond à des régions des actuels Soudan, Soudan du Sud, République centrafricaine et Tchad. La carte couvre la zone de la Tunisie aux frontières de l'Afghanistan, d'ouest en est, ainsi que la zone de la Suisse au Soudan et à des régions de la Somalie, du nord au sud. À l'exception des rivières et des grands lacs, peu de caractéristiques géologiques intérieures sont répertoriées. L'échelle est fournie en kilomètres et les noms de lieux sont indiqués en italien. La société G.B. Paravia était spécialisée dans les matériels éducatifs. La carte fut imprimée en couleur à la presse Salussolia de Turin, un des lithographes de la ville, qui imprimait des livres, des billets de banque, des affiches publicitaires et des cartes. Une note sur la carte indique qu'elle fut prêtée par la Société américaine de géographie pour la Conférence de paix de Paris (1918–1919), convoquée pour établir les traités de paix au lendemain de la Première Guerre mondiale.

Arabie du Nord

Cette carte extrêmement détaillée fut produite par le ministère britannique de la Guerre pour la Société royale de géographie avec l'autorisation du contrôleur des éditions His Majesty's Stationery Office en mars 1922. Elle montre les caractéristiques physiques de l'Arabie du Nord, c'est–à–dire la steppe d'Al–Hassa (également Al–Ahsa), au sud–est, à Jérusalem, au nord–ouest. Ces caractéristiques physiques incluent les contours d'altitude, les lacs, les rivières et les cours d'eau saisonniers (oueds). La carte était vraisemblablement destinée à servir de guide aux voyageurs dans cette région désertique. Les pistes et les campements d'anciens voyageurs et explorateurs, tels que Gertrude Bell (1868−1926), Charles Montagu Doughty (1843−1926) et le capitaine William Shakespear (1878−1915), constituent un intérêt notable. Comme l'indique le sceau dans l'angle inférieur droit, la carte accompagnait un article écrit par Douglas Carruthers, « Le dernier voyage du capitaine Shakespear », publié dans la revue Geographical Journal en mai 1922. Les routes de pèlerinage vers La Mecque, depuis la Syrie et l'Égypte sont clairement indiquées. Les caractéristiques humaines, telles que les anciennes ruines ou les gisements de pétrole contemporains, ne figurent pas sur la carte. La frontière internationale entre l'Iran et l'Irak, tracée en gras, est la seule indiquée, peut-être parce que les chefs britanniques et tribaux du Koweït, d'Irak du Sud et du Najd (ou Nejd), aujourd'hui en Arabie saoudite, négociaient encore les frontières intérieures du désert d'Arabie. La carte, qui occupe deux pages, ne possède pas de légende. Les échelles de distance sont fournies en miles et en kilomètres. Le relief est représenté par des lignes de contour et des hachures. Conformément à la nuance du paysage lui–même, le beige pâle est la couleur prédominante.