9 mars 2015

Le chemin de l'éloquence

Le manuscrit présenté ici est une copie de Nahj al-balāghah (Le chemin de l'éloquence), recueil classique de sermons, d'écrits et d'aphorismes d'Ali ibn Abi Talib (mort en 661), quatrième calife. L'ouvrage est particulièrement vénéré par les musulmans chiites, qui considèrent 'Ali et ses descendants comme les successeurs légitimes du prophète Mahomet. La voix de l'auteur, Ali, est filtrée par son interprète, Muhammad ibn al-Husayn, également appelé 'al-Sharif al-Radi (969 ou 970–1016), qui compila le texte à partir d'un grand nombre d'anciennes sources islamiques. L'anthologie ainsi obtenue donna lieu à un débat sur l'authenticité des paroles d'Ali. Il ne fait nul doute que l'ouvrage établit une norme pour l'expression littéraire arabe élégante et la déclamation concise. Al-Sharif al-Radi, éminent érudit chiite à la cour abbasside, explique dans l'introduction qu'il a classé le contenu selon le mode de présentation, c'est–à–dire les sermons, les lettres ou les aphorismes. De l'époque de la compilation de l'ouvrage à aujourd'hui, les érudits et les lecteurs fidèles ont réorganisé et analysé son contenu par sujet, par exemple les revendications de succession d'Ali, la gouvernance, la psychologie, la linguistique et les relations entre les sexes. L'ouvrage fut traduit, en totalité ou en partie, en de nombreuses langues. Ce manuscrit du XVIIe siècle se caractérise par sa décoration très soignée et son organisation des abondantes notes de marge, qui sont habilement disposées autour du texte principal, entouré d'un cadre doré. L'ouvrage, rédigé en caractères naskh, contient 15 lignes par page. Le lieu de l'écriture n'est pas indiqué.

Manuel de grammaire et d'usage de l'arabe

Ce manuscrit est un guide s'adressant aux élèves chrétiens apprenant l'arabe. Il fut écrit par Jirmanus Farhat (1670–1732 env.), éminent prêtre maronite, et copié après sa mort pour servir de manuel. L'Église maronite libanaise était et demeure liée à l'Église catholique romaine. Il existait toutefois des tensions, par moment plus vives qu'à d'autres, concernant la « vaticanisation » de la langue et de la forme de culte. Farhat, qui prit un rôle prépondérant dans ces débats, s'employa à promouvoir l'utilisation d'un meilleur arabe et du syriaque dans les pratiques ecclésiastiques et dans la vie de tous les jours. Capable d'écrire dans une langue arabe correcte et élégante, il fut l'un des précurseurs de l'initiative maronite pour le renouveau arabe au XIXe siècle. Le manuscrit est plus un texte élémentaire qu'une grammaire sophistiquée. Il est clairement écrit et contient de nombreux exemples, généralement tirés de la Bible, qui font de cet ouvrage un guide pratique pour les professeurs et les élèves. Il est organisé selon l'alphabet arabe, chaque lettre représentant un « point de discussion » pour les enseignants. Les parties du discours, les interjections, les exclamations et les mots interrogatifs sont expliqués, avec leur vocalisation correcte requise. Ces éléments sont le plus souvent démontrés à l'aide d'exemples, plutôt que de règles grammaticales. Farhat fut élevé au rang d'évêque métropolite du riche diocèse d'Alep, mais seulement après avoir réchappé, avec ses mécènes laïques de familles maronites, à une tentative d'excommunication. Le manuscrit fut « copié et corrigé dans la mesure du possible » par Lawandirus Salim, puis il passa entre les mains de plusieurs propriétaires dont les noms figurent sur les première et dernière pages.

Le trésor des exactitudes : sur la doctrine du grand imam Abu Hanifah al-Nuʿman Ibn Thabit

Kanz al-daqāʼiq (Le trésor des exactitudes) est un résumé des prescriptions légales islamiques selon l'école hanafite de la charia. Il couvre de nombreux aspects de la vie rituelle et personnelle, tels que la pureté pendant la menstruation, ainsi que les obligations et les procédures relatives au mariage, au divorce, à l'héritage et à d'autres éléments des relations entre les sexes. L'ouvrage aborde également les transactions commerciales, les contrats et l'affranchissement des esclaves. La table des matières est présentée sous forme de tableau afin de faciliter la consultation des multiples sujets du livre. On ne sait pas si l'auteur, al-Nasafi (mort en 1310), également appelé Abu al-Barakat al-Nasifi, était originaire d'Asie centrale ou du centre sud de l'Iran. Il étudia le droit avec d'éminents érudits, effectua un pèlerinage à La Mecque et se rendit ensuite à Bagdad. Un de ses ouvrages, 'Umdat 'aqīdat ahl al-Sunnah (Piliers de la croyance sunnite) fut édité et publié dans les années 1840 par l'intellectuel britannique William Cureton (1808−1864). Il existe quatre écoles sunnites du fiqh (jurisprudence religieuse), chacune nommée d'après son fondateur, Abu Hanifah (699−767 env.), Malik ibn Anas (711−795 env.), al-Shafi'i (767−820) et Ibn Hanbal (780−855). Elles fondent leurs codes juridiques sur le Coran et les sunna (paroles et pratiques du prophète Mahomet), complétés par des règles permettant d'interpréter ces principes fondamentaux en fonction des changements de situation ou de nouvelles conditions. Les quatre écoles s'étendirent avec l'expansion géographique de l'islam, les unes ou les autres prenant l'ascendant dans différents pays ou régions. Elles sont toutes mutuellement reconnues comme faisant autorité. Le manuscrit fut commandé par le souverain mamelouk égyptien Jaqmaq (mort en 1453) ou il lui fut offert. Le titre figure dans un médaillon décoratif doré. Le texte, dans un cadre rouge, est accompagné de nombreuses notes de marge. Le livre présente des dommages causés par l'eau et le texte manquant a été réparé ou remplacé. L'ouvrage ne contient pas de colophon indiquant le lieu ou la date de réalisation de la copie.

La perle enveloppée : la conquête de La Mecque, la vénérée

Ce manuscrit raconte l'histoire de la fath (conquête) de La Mecque, capitale commerciale et religieuse de l'Arabie, par le prophète Mahomet en 630. Il s'agit ici d'une version abrégée inspirée des nombreux récits, figurant dans les anciens textes, des années de lutte, de négociations et d'exhortation qui aboutirent à la conquête. L'auteur est probablement l'érudit soufi égyptien Muhammad ibn Muhammad al-Bakri (1493 ou 1494−1545 ou 1546), bien que l'ouvrage fût également attribué à d'autres membres de cette éminente famille de lettrés. La principale source pour la biographie du prophète Mahomet est bien entendu le Coran, complétée des hadiths et des anciennes siyar (biographies) telles que celles de Muhammad Ibn Ishaq (mort en 768 env.) et d'Abd al-Malik Ibn Hisham (mort en 834). L'auteur ponctue ses récits des batailles, des raids et des actes diplomatiques précédant la conquête avec des poèmes célébrant Mahomet. Le manuscrit du XVIIIe siècle fut copié dans une écriture naskh fluide, en caractères gras. Sans colophon, le nom du scribe, ainsi que le lieu et la date de la réalisation de la copie, restent inconnus. Les inscriptions et les sceaux de propriétaire indiquent que le manuscrit appartint à une époque à un certain Ibrahim Mahmud de la Compagnie nationale des chemins de fer égyptiens.

Une proposition pour les érudits religieux

Tuḥfat al-'ulamā' (Une proposition pour les érudits religieux) est visiblement un traité adressé aux 'ulamā' (érudits religieux) d'Afghanistan, leur demandant de s'employer à dissiper la suspicion de leurs disciples envers ce qui leur est étranger. L'ouvrage fut écrit sur ordre du souverain afghan Shir Ali Khan (règne : 1863–1866 et 1868–1879). On ne sait presque rien sur l'auteur, 'Abd al-Qadir Khan, si ce n'est qu'il est identifié comme un qāḍī (juge), indiquant un statut d'autorité religieuse. 'Abd al-Qadir cite de nombreux extraits de la littérature des hadiths pour soutenir que les pratiques des « non–croyants » peuvent être en accord avec la charia, à condition qu'elles soient bénéfiques à l'ummah (communauté) islamique. Les pratiques étrangères en question ont principalement trait au domaine militaire, avec comme thème récurrent majeur la compatibilité des dépenses militaires et d'une armée forte avec les enseignements islamiques. Bien que l'ouvrage s'appuie largement sur le Coran, les hadiths et des citations d'hommes lettrés de la tradition islamique (tels que Fakhr ad-Dîn ar-Râzî et Mohammed al-Ghazali), démontrant l'expertise et l'érudition de l'auteur (ou peut-être des auteurs). Les arguments polémiques souvent répétitifs mettent en exergue les aspects purement propagandistes de Tuḥfat al-'ulamā'. Le moment de la parution du livre est particulièrement notable. Durant la plus grande partie de sa carrière, Shir Ali Khan se trouva dans la position enviable de gérer les intérêts conflictuels de la Russie tsariste et de la Grande–Bretagne, deux puissances coloniales engagées dans le « grand jeu », ou la lutte pour la domination de l'Afghanistan. La publication de Tuḥfat al-'ulamā', en 1875, précède la seconde guerre anglo-afghane (et la retraite de Shir Ali de Kaboul) de plusieurs années. Le livre, un des premiers ouvrages imprimés en Afghanistan, fut publié à la presse de Mustafawi, fondée par Shir Ali Khan.

Une proposition pour les rois

Tuḥfat al-mulūk (Une proposition pour les rois) est un recueil de maximes, écrit sur ordre d'Abd al-Rahman Khan (également appelé Abdur Rahman Khân), souverain d'Afghanistan de 1880 à 1901. L'ouvrage est composé d'une introduction et de 40 petits « chapitres » contenant chacun un précepte moral sur l'amélioration de la vie religieuse, politique et sociale. Le premier chapitre indique : « Quatre choses permettent de préserver le royaume : la protection de la religion et le souci de son épanouissement, un vizir fiable, la préservation de la détermination [et] la préservation de la confiance ». Certains chapitres suivants reprennent la même structure en quatre parties. Le troisième chapitre proclame : « Quatre [sortes de] choses en nécessitent quatre autres : les souverains [nécessitent] des vizirs justes, les guerriers [nécessitent] des armes, les chevaux [nécessitent] le fouet [et] la lame [nécessite] le fourreau ». Le quarantième et dernier chapitre déclare : « Quatre choses sont à la source du bonheur dans ce monde et l'au–delà : obéir à Dieu et à [Son] Messager, servir ses parents, respecter les érudits religieux [et] pratiquer l'aumône pour les créatures de Dieu ». L'objet de Tuḥfat al-mulūk, qui prend comme thème les difficultés de la royauté, du gouvernement et de la justice, rappelle le genre du « miroir pour les princes » de la littérature islamique. Il semble que la publication de ce court ouvrage entièrement conventionnel revêtit davantage un rôle cérémonial, reconnaissant le prestige associé à la sagesse et à l'apprentissage traditionnel, plutôt qu'un rôle de conseil pratique adressé au souverain et à ses sujets. Le livre fut publié à la presse Dar al-Saltanah à Kaboul le 27e jour du mois de ramadan, en l'an 1312 après l'Hégire (24 mars 1895). L'auteur, Gul Muhammad Khan Muhammadza'i Durrani, est connu pour d'autres publications littéraires en persan, parues à la même époque.