13 janvier 2015

Luz, volume 1, numéro 1, 15 novembre 1897

La revue d'art et de littérature Luz (Lumière), publiée en 18 numéros entre la mi-novembre 1897 et la fin du mois de décembre 1898, reflétait la force novatrice des modernistes, essentiellement dans la conception graphique. Il s'agissait d'une courte publication raffinée, dans un format en longueur (365 mm x 155 mm) exprimant clairement la volonté de se démarquer de la culture héritée. La revue fut la première du mouvement moderniste à incorporer plusieurs polices de texte et des compositions audacieuses. Elle est considérée comme le précurseur des revues emblématiques Quatre Gats (1899), Pèl & Ploma (1899−1903) et Joventut (1900−1906), toutes conservées dans la Bibliothèque de Catalogne. Fondé par Josep Maria Roviralta et Darío de Regoyos, le périodique contient de nombreuses contributions de Roviralta, qui promut la publication, fut son rédacteur en chef et fournit des illustrations. Santiago Rusiñol, Enric de Fuentes, Jaume Massó i Torrents, Josep Alarden, Joan Maragall et Adrià Gual comptent parmi les contributeurs littéraires. Les illustrateurs Isidre Nonell, Eveli Torent i Marsans, Ricard Opisso, Alexandre de Riquer, Miquel Utrillo, Jaume Pahissa, Ramon Pichot et Josep M. Bofill i Pichot collaborèrent également à la revue. Ne voulant pas verser dans le localisme, celle-ci se distingua notamment grâce à un numéro spécial consacré au peintre français Puvis de Chavannes, juste après sa mort. Luz publia le premier chapitre des Flambeaux noirs, œuvre de 1891 du poète symboliste belge Émile Verhaeren, illustré et traduit par Regoyos. La manchette, les gravures sur bois et les photogravures, les publicités encadrées de bordures et la diversité des polices de texte constituent les caractéristiques remarquables du périodique. Luz comportait également des partitions musicales, telles qu'un extrait d'Els segadors (les moissonneurs), harmonisé par Josep Lapeyra. Revue en langue castillane, elle incluait quelques contributions en catalan. Le premier numéro de la revue, daté du 15 novembre 1897, est présenté ici.

Chant spirituel

« Cant espiritual » (Chant spirituel) parut en février 1911 dans le livre Seqüències (Séquences), publié par Tipografia L'Avenç, à Barcelone. Le poème, qui eut une grande influence en Catalogne, est l'une des œuvres les plus célèbres et les plus étudiées de Joan Maragall (1860−1911). Il fut composé au cours de trois périodes : les premiers vers en novembre 1909 et le reste en janvier et en février 1910. Écrit dans la tradition des chants spirituels de nombreux autres grands poètes, l'auteur s'adresse à Dieu, lui posant des questions et prononçant en termes explicites ses doutes, ses peurs et ses désirs concernant la vie après la mort. Maragall réaffirme sa croyance selon laquelle il n'existe aucun contraste fondamental entre le monde naturel et le monde spirituel, et que d'une certaine manière cette vie et la suivante se complètent mutuellement. Deux manuscrits originaux de ce poème sont conservés dans les Archives Joan Maragall de la Bibliothèque de Catalogne : l'un d'entre eux est écrit sur une seule feuille, tandis que l'autre est rédigé sur deux feuilles, à l'encre noire avec des corrections en rouge. Les deux manuscrits sont présentés ici.

Homélies d'Organyà

Écrit selon toute probabilité par un prêtre de la ville d'Organyà, dans le centre nord de la Catalogne, en 1203–1204 environ, ce court manuscrit contient six homélies visant à préparer les croyants à faire pénitence pendant la saison du carême. Le petit volume est incomplet. Comptant vraisemblablement à l'origine 11 homélies, des feuilles furent perdues au fil du temps et les marges de celles qui ont survécu furent découpées. Les sermons sont copiés à l'aide de caractères marquant la transition de l'écriture caroline à l'écriture gothique. Il s'agit d'un document très personnel, écrit sur un parchemin épais terni par les siècles. En dépit de son apparence modeste et simple, ce petit livre est l'un des monuments les plus importants de la langue catalane. Il contient le texte littéraire le plus ancien existant encore aujourd'hui entièrement écrit en catalan. Le volume fut découvert durant l'été 1905 dans le presbytère de l'église d'Organyà par l'érudit Joaquim Miret i Sans lors de l'un de ses voyages dans les Pyrénées. En 1907, Miret i Sans suggéra au Comité des musées un prix d'achat de 85 pesetas, somme élevée à l'époque. Arrivé à la Bibliothèque de Catalogne en 1913, le document devint immédiatement l'une de ses pièces les plus emblématiques.

Livre pour les femmes

Francesc Eiximenis (1340–1409 env.), moine franciscain et auteur prolifique, étudia en Catalogne, à Oxford, à Toulouse et probablement à Paris. Intellectuel prestigieux, il entretint de bonnes relations avec la cour du royaume d'Aragon et les autorités municipales de Barcelone et de Valence, ville où il produisit la majorité de ses ouvrages. En 1396, il termina l'écriture de Llibre de les dones (Livre pour les femmes). Le livre ne verse pas dans la tendance misogyne de l'époque. Il fut écrit en tant qu'ouvrage d'instruction morale, objectif qu'il cherche à accomplir en décrivant les différentes étapes de la vie des femmes, de la petite fille, à la jouvencelle, à l'épouse et à la veuve. Le livre aborde également les nonnes. Il se veut en même temps une sorte de catéchisme, où Eiximenis explique les points fondamentaux de la foi, la moralité et l'éthique chrétienne. L'intérêt majeur de l'ouvrage est qu'il offre un aperçu général de la vie des femmes au XIVe siècle. Le texte fut imprimé pour la première fois en 1495 par Joan Rosembach. Né à Heidelberg, en Allemagne, Rosembach vécut un temps à Valence avant de s'installer à Barcelone, où il travailla le restant de sa vie, à l'exception de courts intermèdes à Tarragone, à Perpignan et à Montserrat. Il fut probablement le meilleur imprimeur d'écriture gothique en Catalogne. Imprimé sur papier au format folio, l'ouvrage compte 12 feuilles préliminaires non numérotées et 268 feuilles, incorrectement numérotées jusqu'à 267, en nombres romains. Il est écrit en caractères gothiques noirs et contient des bordures. L'épigraphe, les marques de paragraphe, ainsi que les feuilles incluant la marque de l'imprimeur et le colophon, sont imprimés à l'encre noire et rouge. La page de titre de cette copie est illustrée d'une gravure magnifique colorée en vert et en rouge. Le feuillet 1 est vierge. Le texte présente des apostilles (annotations) écrites et des notes de fin soulignées. La reliure est en cuir, avec de l'or et du fer dans la tranche. L'ouvrage fait partie de la Collecció Bonsoms-Chacón, qui fut léguée à la Bibliothèque de Catalogne en 1948 après la mort de Mercedes Chacón, veuve d'Isidre Bonsoms i Sicart. La Bibliothèque de Catalogne possède également une autre copie du livre, avec certaines différences de typographie et de composition.

Tango de l'automobile

« Tango del automóvil » (Tango de l'automobile) est un disque d'un diamètre de 17,78 centimètres (7 pouces), enregistré sur une face. L'autre face comporte l'inscription « Reproduit à Hanovre », où se trouve une vaste collection d'enregistrements de maîtres espagnols par la Gramophone Company Limited. Dans son ouvrage non publié La Gramophone Company Limited : la voix de son maître : catalogue espagnol (incluant des enregistrements portugais), Alan Kelly répertorie ce disque sous le numéro de catalogue 2084, dans la catégorie « Enregistrements de voix solistes masculines ». Selon Kelly, l'enregistrement fut réalisé par Charles Scheuplein, professionnel associé à la filiale française de la Gramophone Company. À cette époque, une vitesse comprise entre 60 et 70 tours par minute était utilisée pour les enregistrements. Les techniciens de la Bibliothèque de Catalogne ajustèrent la vitesse de cet enregistrement pour obtenir un son plus naturel, sans toutefois disposer de la partition imprimée ni d'aucun autre échantillon de la voix du chanteur. Selon l'ouvrage d'Eduardo Giorlandini, Orígenes remotos del tango (Les anciennes racines du tango, 1996), en 1850, certaines habaneras étaient appelées tangos. Ces chants furent transmis de génération en génération par tradition orale. Leur popularité grandit grâce à l'invention du phonographe et à la mobilité croissante suscitée par l'introduction des chemins de fer. « Tango del automóvil » fut probablement un tango de ce type. Le ténor est identifié comme Rafael Gil, qui naquit à Cadix, fut actif de 1900 à 1915 et réalisa six enregistrements à Barcelone. Emilio Casares Rodicio mentionne un certain Rafael Gil dans son ouvrage Diccionario de la Zarzuela, suggérant que le chanteur entendu ici est peut-être le même ténor qui se produisit en 1905 et 1906 à Mexico, où il interpréta la zarzuela San Juan de Luz. La Bibliothèque de Catalogne acquit cet enregistrement en avril 2008 auprès du feu collectionneur catalan Francesc Arellano, avec d'autres documents et enregistrements audio et vidéo, des affiches, des partitions de musique, etc.

13 janvier 889. Consécration

Au IXe siècle, le château de Tona, situé sur la plaine de Vic, dans l'est de la Catalogne, protégeait le territoire environnant et le défendait des éventuelles attaques sarrasines durant la lutte contre les musulmans pour le contrôle de l'Espagne. L'église de Saint-André fut construite près du château par les habitants du village, qui la dotèrent d'ornements, de livres et d'objets liturgiques, mais également des maisons et des terres nécessaires à son entretien. L'évêque de Vic, appelé Gotmar, consacra l'église en 888 et lui octroya une maison voisine et des revenus féodaux. Le prêtre Athanagild attesta l'acte. Ce document très bien conservé, écrit en minuscules carolines, se termine par la phrase en latin surgite, sancti, de abitationibus vestris, loca sanctificate et plebem benedicite et nos homines peccatores in pace custodite (Oh saints, quittez vos demeures, sanctifiez ce lieu, bénissez ce peuple et maintenez la paix, pour nous pécheurs), accompagnée de notations musicales, qui fut probablement chantée le jour de la consécration. Ces neumes seraient les plus anciens d'Europe.