18 octobre 2012

Extraits des Décades de Flavio Biondo

Giovanni Marco Cinico de Parme écrivit et signa ce manuscrit pour Alphonse II d'Aragon, roi de Naples, en 1494. Le texte comprend des extraits de Historiarum ab inclinatione Romanorum imperii decades (Les décades historiques du déclin de l'Empire romain) de Flavius Blondus, nom latinisé de Flavio Biondo (1392–1463). Biondo fut un historien et archéologue italien du début de la Renaissance, auteur de plusieurs ouvrages sur l'histoire de Rome. Les extraits furent compilés par Johannes Albinus (également appelé Giovanni Albino), féru de littérature d'Antiquité, homme d'État, conseiller de Ferdinand d'Aragon et historien mort à Rome vers 1496. Ce manuscrit luxueusement décoré est particulièrement remarquable pour ses enluminures sur les pages de titre représentant au verso, devant un cadre architectural, la Rome victorieuse personnifiée par une femme, à côté d'une figure féminine assise sur son armure brisée, personnifiant les ennemies vaincus de Rome, sur la page de droite. Le manuscrit contient des initiales ornementales dorées et des bordures illustrant des feuillages, des vases et des perles. Les décorations sont attribuées au peintre napolitain Giovanni Todeschino (actif de 1482 à 1503), et leur grande qualité exemplifie l'art de la Renaissance italienne.

Album kadjar

Ce petit album kadjar du temps de Fath Ali Shah Qajar (1772-1834, règne : 1797-1834) mêle la calligraphie de différentes époques avec des illustrations de grande qualité artistique du début du XIXe siècle. Bien que la représentation des personnages soit uniforme et manque de caractère, l'utilisation de la perspective, notamment dans l'arrière-plan, laisse transparaître l'influence européenne. Deux des portraits miniatures représentent des enfants princiers portant des robes coûteuses. Deux autres pages sont dédiées à l'un des motifs les plus populaires de la miniature persane : l'amour d'un rossignol pour une rose, symbole de l'amour inconditionnel et plein d'abnégation. La dynastie kadjar régna sur la Perse (l'Iran actuel) de 1785 à 1925. L'artiste fait référence à la nouvelle dynastie en dessinant à l'or fin le motif des armoiries kadjars dans la marge supérieure des deux miniatures : un lion devant le soleil levant. Ceci laisse à penser que ces illustrations peuvent avoir été commandées par un membre du gouvernement. L'album fut ensuite acquis par le baron Antoine-Isaac Silvestre de Sacy (1758-1838), orientaliste français, avant d'entrer à la Bibliothèque d’État de Bavière dans le cadre de la bibliothèque d'Étienne Marc Quatremère (1782-1857), également orientaliste français renommé.

Description des huit reconstitutions ayant eu lieu lors des jeux organisés pour le baptême de la princesse Élisabeth de Hesse, 1596

En 1596, le landgrave Maurice de Hesse (1572–1632) célébra le baptême de sa fille, Élisabeth de Hesse-Cassel (1596–1625), avec quatre jours de jeux, de tournois et de feux d'artifice somptueux. Ce manuscrit fut compilé et réalisé par une personne inconnue. Il décrit en détail les costumes des huit créations (reconstitutions historiques) accompagnant le principal Ringelrennen (jeu d'adresse sous forme de variante tardive des jeux de tournois médiévaux), qui eut lieu le 27 août 1596. Chaque reconstitution présente un thème allégorique ou mythologique avec au total 165 costumes fantastiques finement taillés. Les huit reconstitutions présentées sont les suivantes : I. Jason et Persée ; II. Au sujet des vices ; III. Les quatre saisons ; IV. Les actes d'un vrai prince ; V. Le soleil et la lune ; VI. Le jugement de Pâris ; VII. Au sujet des sept arts libéraux (artes liberales) et VIII. Au sujet des quatre continents. La reconstitution sur les continents inclut des personnifications extravagantes de l'Amérique, de l'Afrique, de l'Asie et de l'Europe.

Les triomphes de Maximilien

Les multiples démarches entreprises par l'empereur Maximilien Ier (1459–1519) pour cimenter son héritage incluent son projet de triomphe allégorique monumental composé de plus de 200 gravures sur bois. De nombreux grands artisans de l'époque travaillèrent sur ce projet, mais il fut arrêté après la mort de l'empereur et ne fut donc jamais achevé. Le manuscrit de Munich du Turnierbuch (Livre des tournois, également intitulé Les triomphes de Maximilien) contient les copies des dessins préparatoires de Hans Burgkmair l'Ancien (1473–1531), auteur de près de la moitié des illustrations du triomphe. Les copies, probablement dessinées et colorées à la main par son fils Hans Burgkmair le Jeune (1500–1559 env.), sont d'une qualité exceptionnelle. Divers chevaliers et représentants de la cour de Maximilien y apparaissent, illustrant les différentes variantes des combats de tournois, à la fois à cheval et à pied. Né et ayant travaillé à Augsbourg, Hans Burgkmair l'Ancien était peintre et graveur sur bois. Hans Burgkmair le Jeune était également peintre et graveur.

Les portraits de la famille Fugger

En 1593, les membres de la célèbre famille Fugger demandèrent au graveur Dominicus Custos (1550–1612 env.) d'Augsbourg de réaliser cette ambitieuse collection de portraits de famille. En utilisant des portraits existants comme modèles, Custos termina la première édition des portraits en 1593. Après sa mort, ses gendres Lukas Kilian (1579–1637) et Wolfgang Kilian (1581–1662) agrandirent la collection et la mirent à jour, remplaçant les portraits de certains membres de la famille par de nouvelles gravures où ils apparaissaient avançant en âge. Cette nouvelle édition fut publiée en 1618. La copie présentée ici fut achetée auprès de la famille Fugger par la Bibliothèque d’État de Bavière en 2009 et fait désormais partie de ses biens. L'ouvrage contient 138 gravures, représentant les éditions complètes de 1593 et 1618, ainsi que deux addenda issus de l'édition de 1620. Toutes les gravures furent coloriées à la main par un artiste inconnu. Les Fugger étaient une dynastie de marchands et de banquiers allemands dont les origines remontent à Hans (Johannes) Fugger (1348–1409), un tisserand d'Augsbourg. Cette famille domina les affaires européennes aux XVe et XVIe siècles, et exerça une grande influence politique grâce aux prêts qu'elle accorda aux rois et empereurs, d'Henri VIII en Angleterre à la Maison de Habsbourg.

Sur la vie de Plotin. Les six Ennéades

Inspiré par l'humanisme italien et par son tuteur et collectionneur de livres János Vitéz, l'archevêque de Strigonie, Matthias Corvin Ier de Hongrie (1443-1490) se passionna pour les livres et le savoir. Désigné roi de Hongrie en 1458 alors qu'il est âgé de 14 ans, Matthias est grandement acclamé pour ses victoires contre les Turcs ottomans et pour son mécénat de l'enseignement et des sciences. Il créa la Bibliotheca Corviniana, l'une des plus illustres bibliothèques d'Europe de son temps. Après sa mort, et notamment après la conquête de Buda par les Turcs en 1541, la bibliothèque fut dévastée et la majeure partie de la collection fut détruite, laissant quelques volumes éparpillés dans toute l'Europe. Ce codex, un des huit manuscrits faisant initialement partie de la bibliothèque de Corvin et maintenant conservés à la Bibliothèque d’État de Bavière, contient la collection de traités appelée Ennéades de Plotin (204-270 environ), considéré comme le fondateur de la philosophie néoplatonicienne. Le codex renferme également la biographie de Plotin par Porphyre (234-305 environ), l'un des plus éminents disciples du philosophe et le compilateur des Ennéades. Copié par deux scribes différents bien connus des spécialistes modernes, le codex fut très probablement acheté par Corvin peu après son élaboration. La collection de la Bibliotheca Corviniana fut inscrite au registre « Mémoire du monde » de l'UNESCO en 2005.