16 octobre 2012

Traité sur la création du monde

Ce manuscrit, contenant un Tractatus de creatione mundi (Traité sur la création du monde) du Livre de la Genèse, suivi d'une narration de la Passion du Christ (feuillets 99r à 128v), constitue l'un des exemples les plus significatifs de l'enluminure siennoise de la fin du XIIIe siècle. Les images, des dessins à l'aquarelle et des enluminures proprement dites, furent réalisées par un artiste siennois extrêmement sophistiqué, qui fut considérablement influencé par les miniaturistes transalpins et actif entre 1290 environ et la décennie suivante. Dessinées d'une main rapide et précise, les illustrations se distinguent par leur style remarquablement fluide, chose inhabituelle dans les productions siennoises de l'époque, et par une qualité seulement égalée par la spontanéité de la narration et une main exceptionnellement gracieuse. L'illusion spatiale, utilisée de façon saisissante dans les détails des paysages, prouve que l'artiste connaissait les innovations du peintre siennois Duccio di Buoninsegna (1255–1319 env.). Les érudits ont avancé différentes théories sur l'identité de l'artiste, appelé le maître du Tractatus de creatione mundi, qui réalisa la série d'enluminures illustrant les épisodes de la Création et de la vie d'Adam et Ève. L'historien de l'art Luciano Bellosi suggéra qu'il s'agissait de Guido di Graziano, créateur de la tablette de Biccherna de 1280, aujourd'hui dans les archives d'État de Sienne. Bellosi attribue à Guido un grand nombre d'œuvres, y compris le retable de Saint-Pierre conservé à la pinacothèque nationale de Sienne, dont le style concorde avec celui des illustrations de ce manuscrit. Toutefois, selon Ada Labriola, le miniaturiste anonyme était plus jeune que Guido et fut probablement formé dans son atelier. Sa conclusion repose sur le style narratif moderne et le fait que l'artiste connaissait clairement les innovations de Duccio et du peintre florentin Cimabue (1240–1302 env.). Labriola pense également que la main de ce miniaturiste est différente, bien que très similaire, de celle du créateur d'une Crucifixion avec la Vierge et saint Jean et d'une initiale enluminée (feuillets 99r et 99v) décorant le Passio Iesu Christi composita ex quattuor evangelistis (Maestro du duecento de l'hagiographie dominicaine). Le manuscrit est relié dans un codex composite regroupant cinq manuscrits de différentes provenances et périodes (datant de la fin du XIIIe siècle à 1521 environ), dont la disposition, le style graphique et le format varient également.

Dialogues des dieux

Ce manuscrit contient dix des dialogues de Lucien, rhétoricien et satiriste du IIe siècle qui écrivit en grec, dans la version latine de Livio Guidolotto (également appelé Guidalotto ou Guidalotti). Livio, érudit classique d'Urbino et assistant apostolique du pape Léon X, dédia sa traduction au pape dans une épître introductive de 1518 (« Romae, Idibus maii MDXVIII », feuillet 150v). La datation la plus tardive possible du manuscrit peut ainsi être établie en 1521, année du décès de Léon. La décoration du codex fait apparaître l'emblème de Jean de Médicis, un joug accompagné de la lettre « N » et de la devise « Suave », tel qu'il était avant même qu'il devienne pape. Les armoiries des Médicis, couronnées par l'insigne papal, et le symbole des Médicis, un anneau orné d'un diamant avec des plumes blanches, vertes et rouges, avec la devise « Semper », sont également présents. On retrouve les mêmes emblèmes dans un groupe de codex de la bibliothèque laurentienne des Médicis, à Florence, qui furent probablement commandés par Léon X. Le bibliothécaire Luigi De Angelis fut chargé de la publication du texte du manuscrit à Sienne en 1823. De Angelis appréciait l'élégance des enluminures et plus particulièrement le portrait dans l'initiale de la dédicace, vraisemblablement une effigie de Lucien et dont certains ont suggéré qu'il pouvait être attribué à Raphaël. Un critique de l'édition de De Angelis avança l'hypothèse selon laquelle la dédicace de Livio Guidolotto des dialogues caustiques au pape ne fut pas acceptée. Par conséquent, l'ouvrage ne fut pas publié pendant de nombreuses années. Le manuscrit fit partie de la collection de l'érudit siennois Uberto Benvoglienti au début du XVIIIe siècle. Il fut légué par la suite à la bibliothèque municipale des Intronati de Sienne. Le manuscrit est relié dans un codex composite regroupant cinq manuscrits de différentes provenances et périodes (datant de la fin du XIIIe siècle à 1521 environ), dont la disposition, le style graphique et le format varient également.

18 octobre 2012

Effigies des douze prophètes, selon Raffaello Schiaminossi

Ce petit volume de la Bibliothèque d'État de Bavière contient des descriptions des 12 prophètes de l'Ancien Testament : Jérémie, Moïse, Zacharie, Ézéchiel, Osée, Isaïe, David, Amos, Jonas, Michée, Daniel et Joël. Monumentaux et avec des attitudes impérieuses justifiées par leur rang de voyant et d'admoniteur, les prophètes sont représentés portant de larges capes flottant amplement autour d'eux dans les dessins, qui sont réalisés à l'encre avec verve. Grâce aux expressions spirituelles de leur visage, ils semblent regarder fixement le lecteur. Chaque feuille est signée RAF par l'artiste Raffaello Schiaminossi (1572–1622), un maître du dessin et de la gravure de Sansepolcro, en Toscane. La fabuleuse reliure de cuir rouge marocain avec gaufrage doré porte les armoiries (tel un supralibros) de Clément XI (pape de 1700–1721), né Giovanni Francesco Albani, propriétaire d'une collection d'art de renommée mondiale conservée au palais Albani del Drago alle Quattro Fontane, à Rome. La collection fut structurée selon certains principes inspirés des théories de l'art de Raphaël. La reliure de cet ouvrage est beaucoup plus simple que les fameuses reliures romaines de la bibliothèque d'Albani. D'ailleurs, lorsqu'on les examine de plus près, il s'avère que les dessins ont été copiés à partir des gravures de Schiaminossi par un artiste allemand. Cet ouvrage semble donc être un faux ingénieux, produit vers 1700 et arrivé à la Bibliothèque d'État de Bavière via le commerce d'œuvres d'art au XIXe siècle. Le mystère de ce faux n'a pas encore été élucidé.

Le livre secret d'honneurs de la famille Fugger

L'histoire de la famille Fugger est souvent perçue comme la plus prestigieuse de la Renaissance allemande. À ses débuts, durant la seconde moitié du XIVe siècle, elle était constituée de tisserands, puis elle évolua rapidement en famille de marchands, banquiers et membres de la noblesse prospères, culminant avec Jakob Fugger dit le Riche (1459–1525) et Anton Fugger (1493–1560). Elle est considérée comme la famille la plus riche de son époque, bien que les prêts qu'elle accorda aux Habsbourg dans les années 1560 provoquèrent pratiquement sa faillite. La dynastie des Fugger existe encore aujourd'hui comme famille de la noblesse allemande. En 1545 environ, Johann Jakob Fugger (1516–1575) commanda ce manuscrit détaillant la généalogie de sa famille jusqu'à son époque. La recherche généalogique et la compilation des textes ont été réalisées par l'appariteur, archiviste et entrepreneur Clemens Jäger (1500–1560 env.). L'enluminure du manuscrit, notamment les portraits somptueux des membres de la famille, les emblèmes héraldiques et les motifs ludiques et détaillés des bordures, fut réalisée dans le grand atelier d'Augsbourg de Jörg Breu le Jeune (1510–1547 env.) et achevée vers 1548. Contrairement au reste de la bibliothèque de Johann Jakob Fugger, qui fut vendu au duc Albert IV de Bavière en 1571, ce manuscrit resta en possession de la famille pendant plusieurs siècles et fut même mis à jour au cours du XVIII e  siècle. Ce n'est qu'en 2009 que la famille Fugger le vendit à la Bibliothèque d'État de Bavière. Cette acquisition fut possible grâce au concours financier généreux de la Fondation Ernst von Siemens pour l'art.

Évangéliaire de Frisingue

Cet évangéliaire carolingien illustre la position de la Bavière comme carrefour des différentes traditions artistiques. Le texte et le choix des prologues correspondent à ceux des anciens manuscrits de Salzbourg et dont l’origine peut être liée à un prototype italien. Les marges des feuilles de ce superbe manuscrit, écrit pendant l’épiscopat d’Anno de Frisingue (854-875), contiennent de nombreuses notes critiques sur le texte, y compris une série de variantes grecques. D’autres influences peuvent être observées dans la décoration, qui se compose d’initiales entrelacées, d’une séquence canonique de 18 pages et de quatre illustrations des évangélistes. L’influence de l’école carolingienne de Reims est directement perceptible dans le style de peinture agitée des portraits des évangélistes. De même, la décoration ornementale du manuscrit est caractérisée par une imprégnation de diverses traditions artistiques. Comparé à un groupe de manuscrits d’évangéliaire de Frisingue connexes, ce codex est le plus ancien et le mieux préservé. Le terme « carolingien » fait référence à la période pendant laquelle une grande partie de l’Europe occidentale fut gouvernée par la dynastie établie par Pépin le Bref en 751, dont le fils, Charlemagne, fut couronné empereur du Saint Empire romain en 800 et régit l’empire jusqu’à sa mort en 814. Entre 775 et 900 environ, la renaissance carolingienne fut marquée par des réalisations dans les domaines de l’art, de l’architecture, de la littérature, de la religion et du droit.

Parzival

Wolfram von Eschenbach composa son poème épique médiéval allemand Parzival, qui compte plus de 24 000 lignes, dans la première décennie du 13ème siècle. Il conte l'histoire du jeune fou Parzival qui, ayant grandi dans la solitude de la forêt, est ignorant du monde et cause bien des tracas lorsqu'il s'aventure à l'extérieur pour devenir chevalier. Il arrive au château du Graal, mais ne parvient pas à interroger le Roi pêcheur malade Anfortas sur la source de sa souffrance, une question qui aurait permis de guérir Anfortas et de faire de Parzival le roi du nouveau Graal. Après une longue odyssée et une catharsis religieuse, Parzival est en mesure de revenir à la cour du roi Arthur et est reconnu comme étant le nouveau roi du Graal. Le récit, comme en témoigne la tradition manuscrite, a connu une grande popularité tout au long du Moyen Age. Ce manuscrit de la Bibliothèque d'État de Bavière a été réalisé par un seul scribe qui, ainsi que l'indique son dialecte, doit avoir vécu en Bavière. Une charte de 1408 jointe à la page de couverture et plusieurs entrées manuscrites du 15ème siècle dans les marges des pages indiquent toutes que le codex est resté en Bavière après sa composition. Le manuscrit fut intégré à la collection privée de Johann Jacob Fugger, dont la bibliothèque rejoignit la bibliothèque de la cour de Munich des Ducs de Bavière en 1571.