Bible des pauvres

Le nom couramment donné à cette œuvre, Biblia pauperum (Bible des pauvres) ne reflète pas la véritable importance de ce manuscrit remarquable, dont nous pourrions dire qu'il contient l'ensemble des connaissances religieuses de son temps. L'ouvrage, ainsi qu'un autre manuscrit remarquable de la Règle de saint Benoît, fut commandé par l'abbé Petrus I de l'abbaye bénédictine de Metten, en Bavière, et il fut réalisé en 1414–1415. Pour mener à bien ce projet de création de manuscrit, l'abbé engagea des artistes renommés, dominant la tradition de l'enluminure de Bohême. Les dessins au trait coloré sont sans égal parmi les œuvres contemporaines du sud de l'Allemagne. Texte et dessins se fondent en une seule entité. Les nombreux textes importants du manuscrit comprennent : le « poème orné » De laudibus sanctae crucis (Louanges de la Sainte Croix) par Rabanus Maurus (mort en 856) ; la Biblia pauperum elle-même, dont le style pictural novateur la distingue d'autres œuvres similaires ; et le traité De sacro altaris mysterio (Le Saint mystère de l'autel) par le Pape Innocent III (mort en 1216), avec ses 43 figures allégoriques et ses schèmes circulaires. Les Évangiles au début du manuscrit, ainsi que la reliure des couvertures sur lesquelles sont incorporées des reliques de saints, composent un reliquaire complet. Le manuscrit est conservé dans la Bibliothèque d'État de Bavière, à Munich, en Allemagne.

La règle de saint Benoît de l'abbaye de Metten

Conjointement à la Biblia pauperum (Bible des pauvres), l'abbé Petrus I de l'abbaye bénédictine de Metten en Bavière commanda un autre manuscrit remarquable, connu sous le nom de Mettener Regel (littéralement, La règle de Metten, en référence à la règle de saint Benoît, tel qu'il l'exerça à l'abbaye de Metten), en versions latine et allemande. L'abbé demanda aux enlumineurs, dont le style montre, comme dans la Biblia pauperum, des signes de l'influence bohémienne, perceptibles dans les scènes de la vie de saint Benoît en couleur au début des chapitres. Le modèle de l'ouvrage fut la vie de Benoît en versets par le Pape Grégoire le Grand (540–604 environ), nommée Bis-bini-Vita d'après sa première ligne. Les variations de l'arrière-plan des illustrations (dans certains cas des paysages et dans d'autres des ornements) sont remarquables et annoncent un renouveau stylistique. La séquence des illustrations ne fut jamais achevée : dans la deuxième partie du manuscrit, quelques-unes des miniatures colorées sont à moitié achevées et d'autres ne sont que des esquisses préliminaires. Ce travail inachevé offre un aperçu intéressant des techniques picturales de l'atelier. Le manuscrit est conservé à la Bibliothèque d'État de Bavière, à Munich, en Allemagne.

Début du droit bavarois

Le Lex Baiuvariorum (Droit bavarois) est sans l'ombre d'un doute le document en latin le plus ancien encore existant réalisé en Bavière et la source la plus importante relative du début de l'histoire de Bavière. Renfermant les premiers textes de loi bavaroise, il reflète, outre l'histoire du droit, l'histoire économique, sociale et culturelle de la Bavière sous la domination des Agilolfings du VIe au VIIIe siècle. Il met l'accent sur le droit pénal, imposant des sanctions fiscales pour différentes infractions, et aborde également le droit constitutionnel, civil et procédural. La préface révèle les sources sacrées desquelles le Lex tire son autorité : elle débute avec un appel au Christ, puis présente les législateurs les plus fameux, en commençant par Moïse, dont le nom est mis en exergue avec une initiale jaune et rouge. Le petit format, les décorations modestes et l'écriture en minuscules carolines claires sont caractéristiques de cette copie du Lex, qui est destinée à être utilisée. En effet, les chapitres 2 et 14 stipulent que les textes de loi doivent être disponibles au cours de toute procédure afin de garantir « un verdict juste dans chaque affaire ». Le manuscrit fut réalisé à Frisingue et rejoignit la Bibliothèque d'État de Bavière après avoir été conservé au monastère bénédictin situé sur le lac Tegernsee, dans le sud de l'Allemagne.

Quand les dernières étoiles pâlissent

La partition autographe de la chanson jusqu'alors inconnue Wenn die letzten Sterne bleichen (Quand les dernières étoiles pâlissent) de Franz Liszt (1811–1886) fut découverte en 2007 parmi les documents appartenant au comte Franz von Pocci (1807–1876) dans le département des manuscrits de la Bibliothèque d’État de Bavière. Pocci était un compositeur, musicien, poète, caricaturiste ingénieux. Pionnier du théâtre de marionnettes, juriste et maître de cérémonies à l'époque du roi Louis Ier de Bavière, il rencontra Liszt au cours de sa tournée de concerts dans le sud de l'Allemagne en 1843. À Munich, Liszt séjourna à l'hôtel Bayerischer Hof, où il rencontra le romancier et écrivain allemand Bettina von Arnim et ses filles, Pocci et de nombreuses autres grandes figures de la vie culturelle munichoise. La chanson Wenn die letzten Sterne bleichen (Quand les dernières étoiles pâlissent) est dédiée à Pocci. Liszt semble l'avoir composée lors d'une soirée musicale impromptue à l'hôtel, et elle fut interprétée pour la fois par Armgard von Arnim, dont la voix soprano était magnifique et pour laquelle Liszt avait une grande admiration. Pocci écrivit le poème pour la chanson, qui évoque le court instant entre la nuit et le petit matin. Le manuscrit de la composition en 24 mesures illustre la célérité avec laquelle Liszt écrivit et corrigea la chanson, omettant des éléments tels que les clefs, les nuances, le phrasé et l'articulation.

Psautier doré de Munich

Ce manuscrit est l'un des psautiers les plus luxueusement enluminés du Moyen Âge. Il contient 91 miniatures de la taille d'une page, la plupart ornées d'or, et il est organisé en cinq cycles d'images récapitulant les scènes fondamentales de la Bible, et spécifiquement de l'Ancien Testament, représentées en pas moins de 176 scènes. Parmi ces dernières, plusieurs motifs très inhabituels représentant des femmes héroïques sont particulièrement remarquables. Le style d'enluminure est typique de la période de transition située entre la fin de l'art romain et le début de l'art gothique. Avec son calendrier, les textes des psaumes, 15 cantiques et 10 prières, cet ouvrage était destiné à une dame importante de la noblesse pour une utilisation et une dévotion privées. Et si sa provenance anglaise est connue depuis longtemps, ce n'est que récemment que l'origine du manuscrit a pu être déterminée avec précision. Compte tenu des grandes similitudes avec un autre calendrier daté d'origine connue, il semble désormais probable que cet ouvrage ait été commandé à un atelier d'Oxford comme présent pour Margaret de Briouze à l'occasion de son mariage avec le noble Walter de Lacy II en 1201. D'après un ex-libris sur la garde collée, le manuscrit doit avoir rejoint la Bibliothèque d'État de Bavière dans les années 1620. Les liens dynastiques entre la maison de Wittelsbach-Straubing-Holland et les membres de l'aristocratie anglaise au XIIIe siècle et au début du XIVe expliquent la migration du manuscrit vers l'Europe continentale.

Lectures illustrées sur les Saints

Ce manuscrit latin contenant les lectures pour les fêtes patronales de certains saints présente dix illustrations du remarquable peintre allemand de la Renaissance Berthold Furtmeyr (actif de 1460 à 1501). Les illustrations sont encadrées par les initiales du texte. Pour des raisons stylistiques, les spécialistes datèrent ces illustrations avec rinceaux de la dernière décennie du XVe siècle et les attribuèrent à l'artiste de Ratisbonne et à son atelier. Furtmeyr et ses adeptes contribuèrent de manière significative à l'école séculaire d'enluminure de Ratisbonne. Artiste de grande renommée, Furtmeyr enlumina plusieurs œuvres impressionnantes, y compris ce manuscrit, la Bible de Furtmeyr, le Missel des fêtes de Salzbourg en cinq volumes (tous se trouvent actuellement à Bibliothèque d'État de Bavière, à Munich, en Allemagne), et de nombreuses autres œuvres. Dans ses œuvres, l'artiste maîtrisait la tâche ardue de combiner avec brio les images, les ornements et le texte. Furtmeyr est connu pour son maniement des couleurs, ses enluminures éclatantes et la diligence extrême qui caractérisait son travail d'artiste. Bien qu'il soit toujours profondément ancré dans le Moyen-Âge, son amour de la couleur, des scènes nocturnes et des nus féminins marquent une transition vers la Renaissance.

Coran

Ce manuscrit, comptant 60 feuilles de papier, renferme des vers de la 20e juz' (partie) du Coran. Il s'agit de l'un des plus célèbres manuscrits coraniques encore existants aujourd'hui. Il comportait à l'origine 30 volumes. D'autres parties de feuillets simples sont conservées dans différents musées, bibliothèques et collections. Cet ouvrage appartient à un petit groupe de manuscrits dont la provenance, en l'occurrence l'est de l'Iran (de l'écriture similaire à la décoration des céramiques dites samanides, ainsi que grâce aux noms des écrivains), et l'attribution peuvent être déduites à partir de copies datées du XIe ou du XIIe siècle. Le texte, présenté sur cinq lignes par page, est écrit dans une forme orientale spéciale de caractères coufiques, avec une précision métallique distincte. La majesté de l'écriture est enrichie par de somptueux ajouts colorés. Des points circulaires dorés servent de signes diacritiques, la vocalisation figure en rouge, et d'autres marques facilitant la lecture ou les leçons apparaissent en vert et en bleu. Dans la marge, des points marquent les autres divisions. Les titres des sourates (chapitres, recto du feuillet 18 et verso du feuillet 43) sont décorés d'ura ou d'ansae (poignées) en forme de feuilles de palmier, se projetant dans la marge. Le manuscrit commence par une page de décoration pure, arborant un système de feuilles en arabesques audacieusement stylisées et un remplissage symétrique secondaire en arrière–plan. Les doubles pages au début et à la fin du livre jouent un rôle presque pictural, en raison du cadre ferme du panneau d'écriture et de l'ornementation ininterrompue de son fond.

Vêtements d'époque et scènes de genre du XVIe siècle de l'Europe occidentale et orientale, de l'Orient, des Amériques et de l'Afrique

Ce manuscrit, probablement créé à Augsbourg vers 1580, contient plus de 400 illustrations de tenues vestimentaires et de mœurs et coutumes d'Europe, d'Orient (particulièrement de l'Empire ottoman), d'Afrique et des Amériques. À l'exception de quelques représentations clairement fantastiques (notamment des personnages dont le visage apparaît sur le torse, ou ayant des têtes d'animaux ou une seule jambe), toutes les illustrations semblent exactes. Les habits et les coutumes de personnages originaires de différents groupes sociaux de Scandinavie, d'Espagne, d'Italie, des Pays-Bas, de Bohême, de France, d'Angleterre et des Flandres, mais également le patriarche grec, les peuples « exotiques » d'Asie et d'Afrique, et les Indiens du Nouveau Monde comptent parmi les sujets représentés. Cet ouvrage illustre également les jeux pratiqués par les peuples aztèque et olmèque de la Mésoamérique, et l'entourage d'un membre de la famille Fugger, famille la plus célèbre d'Augsbourg.

Le manuscrit javanais des aventures d'Hamza

Les aventures de l'un des premiers héros de l'Islam, Hamza, oncle du Prophète Mahomet, sont un sujet favori de la littérature javanaise. Les actes de bravoure du héros, ici appelé Ménak, y sont contées. Les légendes javanaises sont transcrites de manière poétique et relatent les histoires telles qu'elles se sont déroulées tout au long de la vie du Prophète. Ce manuscrit, écrit dans les alphabets javanais et pegon (arabo-javanais), renferme les principaux épisodes des récits d'Hamza. Le codex offre un exemple remarquable de l'art de l'enluminure qui fleurissait durant cette période à Yogyakarta, une ville et un sultanat sur l'île indonésienne de Java, et un centre traditionnel de la culture javanaise. Les différentes pages décorées de manière ornementale (appelées wadana) au début ou à la fin de passages de texte distincts y sont particulièrement remarquables et très symboliques. Les passages sont souvent illustrés de motifs architecturaux représentant des temples. Malheureusement, plusieurs pages du manuscrit ont été effacées par la corrosion de l'encre. Le manuscrit est conservé dans la Bibliothèque d'État de Bavière, à Munich, en Allemagne.

Coran de Séville du XIIIe siècle

Ce manuscrit du début du XIIIe siècle est l'un des rares Corans datés subsistants de l'Espagne islamique. Réalisé à Séville en 1226 apr. J.-C. (624 A.H.), il fut sauvé de la destruction durant la Reconquista (reconquête) par des réfugiés musulmans qui fuyaient l'Espagne pour rejoindre l'Afrique du Nord. En 1535, lorsque l'empereur du Saint-Empire romain Charles V (1500-1558) conquit Tunis lors d'une expédition menée contre les pirates barbaresques, ses troupes saisirent le Coran et le ramenèrent en Europe. Le manuscrit fut ensuite détenu par Johann Albrecht Widmanstetter (1506-1557), un diplomate et un orientaliste dont la bibliothèque posa plus tard les fondations de la bibliothèque de la Cour de Munich. Le texte est écrit en script andalou condensé. La couleur or prédomine sur la double page d'ouverture, dans les titres des surah (chapitres), dans les marques des versets et les ornements marginaux qui font référence aux prosternations et aux divisions du Coran en sections. La dernière page avec le colophon est placée dans une rosette encadrée dans un carré. Le manuscrit est conservé dans la Bibliothèque d'État de Bavière, à Munich, en Allemagne.