La noble, grande et purifiante libération de tous les péchés par Bouddha

Ce manuscrit exceptionnel contient le texte d'un sutra mahayana du Kangyour (traduction des paroles du Bouddha), c'est-à-dire les textes sacrés du bouddhisme tibétain. Le fait qu'il ne soit pas traduit directement du sanskrit, comme de nombreux autres ouvrages du Kangyour, mais du chinois, le rend particulièrement remarquable. Les traducteurs ne disposaient évidemment pas du texte d'origine à partir duquel travailler. Par conséquent, ils ne donnèrent pas à l'œuvre un titre sanskrit, ce qui était généralement d'usage. Les manuscrits contenant uniquement ce texte sont très rares. D'ailleurs, dans le cas de celui présenté ici, un second manuscrit commençant au feuillet 214 a été ajouté. Ce dernier, intitulé 'Phags-pa bzang-po spyod-pa'i smon-lam-gyi rgyal-po (en sanskrit, Bhadracaryapranidhana-raja) ou « Le roi des vœux de bonne conduite », comporte 13 feuillets. Le manuscrit est superbement réalisé avec une écriture dorée sur du papier laqué noir. La couverture est composée de plusieurs couches de papier recouvert d'une matière textile soyeuse. Une feuille a été insérée dans la couverture supérieure et le texte est protégé par trois brocarts de différentes couleurs. Au centre de cette feuille, une petite miniature représente Bouddha Shakyamuni. Un étui, enveloppé de tissu rouge, renferme les feuilles. Le tout reste lié par un cordon plat avec une attache métallique représentant une tête de démon.

L'art de bien mourir

Les livres xylographiques sont des volumes fins, généralement de 20 à 50 pages, élaborés en gravant du texte et des images sur des blocs de bois (procédé appelé xylographie). La production des livres xylographiques atteint son apogée à une époque où les caractères mobiles en métal étaient déjà utilisés, aux alentours des années 1460 et 1470. Seuls 600 livres xylographiques environ ont survécu à travers le monde, ils comptent parmi les produits les plus rares et les plus précieux issus de la presse typographique. La Bibliothèque d’État de Bavière détient 40 de ces ouvrages et huit fragments. Seul un nombre limité de copies pouvaient être imprimées à partir du même bloc de bois étant donné qu'ils étaient facilement endommagés pendant le processus d'impression ou le stockage. Les ouvrages particulièrement populaires furent donc réimprimés à partir de blocs regravés dès le XVe siècle. L'Ars moriendi (L'art de bien mourir) a pour but de préparer le lecteur au moment de la mort. C'était un thème essentiel de l'époque médiévale, peu de choses étant plus redoutées qu'une mort soudaine à laquelle la victime n'ait pas été préparée. Sur deux ensembles de dix planches chacun, regroupées par paires et comportant chacune des images et du texte, cet ouvrage illustre les tentations auxquelles fait face le mourant et donne des conseils pour y échapper. Les 20 planches sont précédées d'un prologue sur deux planches et suivies d'un épilogue illustrant, sur deux planches, la victoire sur la mort.

La danse macabre

Les livres-blocs sont de minces volumes, comprenant généralement de 20 à 50 pages, obtenus en gravant le texte et les images sur des blocs de bois (un processus connu sous le nom de xylographie). La production des livres-blocs atteint son apogée à l'époque où l'imprimerie avec des lettres de métal (caractères mobiles) est déjà établie, dans les années 1460–1470. Seules 600 copies de livres-blocs environ ont survécus dans le monde, ils sont parmi les objets les plus rares et les plus précieux de l'imprimerie. La Bibliothèque d'État de Bavière possède 40 de ces livres et huit fragments. Totentanz (La danse macabre) traite d'un thème similaire à l'Ars moriendi (L'art de bien mourir) : la mort soudaine que quiconque peut subir, quel que soit son rang social. Sur chacune des 24 images, une personnification de la mort danse avec une personne d'un statut social différent, menant l'individu dans l'au-delà. La série de victimes débute avec un pape et un empereur, se poursuit avec un abbé, un noble et un fermier, et se termine avec un enfant sans défense et sa mère. Seulement deux copies de la version en livre-bloc de Totentanz sont connues : celle-ci, à la Bibliothèque d'État de Bavière, et un volume à la Bibliothèque universitaire de Heidelberg. Les deux copies représentent deux éditions distinctes, et les images présentent de nombreuses différences. La copie montrée ici possède des caractéristiques uniques. Le texte, placé à l'origine sous les illustrations, fut coupé, les images furent découpées et collées sur des feuilles plus grandes, et le texte fut recopié à la main. D'après les preuves codicologiques, cette opération fut réalisée durant le troisième quart du XVe siècle, peu après la production du livre.

La vie héroïque de sir Theuerdank

Les multiples démarches entreprises par l'empereur Maximilien Ier (1459–1519) pour cimenter son héritage incluent son projet de réécriture de l'épopée de sa propre vie en plusieurs ouvrages. Parmi ces derniers, seul Die geuerlicheiten vnd einsteils der geschichten des loblichen streytparen vnd hochberümbten helds vnd Ritters herr Tewrdannckhs (La vie héroïque de sir Theuerdank) fut achevé. En 1517, Johann Schönsperger, un imprimeur de Nuremberg, réalisa la première impression à très petit tirage qui devait être livrée aux autres princes et souverains après la mort de l'empereur. Écrit par Melchior Pfintzing et inspiré des documents fournis par l'empereur Maximilien, l'ouvrage relate les aventures de sir Theuerdank (Maximilien) qui, lors d'un voyage pour rejoindre son épouse, la belle Lady Ernreich (Marie de Bourgogne), dut affronter et surmonter 80 obstacles. Chacun des 118 chapitres est décoré d'un xylographe (gravure sur bois). Les dessins préparatoires de ces xylographes furent créés par les artistes Leonhard Beck, Hans Schäufelein et Hans Burgkmair l'Ancien. Le type de caractère noir de l'ouvrage, conçu par le calligraphe Vinzenz Rockner, allait avoir une grande influence dans le développement de la typographie allemande.

Le livre des animaux

L'artiste, graveur, xylographe, éditeur et entrepreneur Jost Amman (1539-1591) était engagé dans un grand nombre de projets d'imprimerie, plusieurs d'entre eux avec l'éditeur de Francfort, Sigmund Feyerabend. Le Thierbuch (Livre des animaux) fait partie de ces projets. Imprimé pour la première fois en 1569, il était composé d'environ 100 gravures sur bois réalisées par Amman et basées sur des dessins du peintre augsbourgeois Hans Bocksberger le Jeune. Les illustrations représentent 70 types d'animaux différents, y compris des animaux domestiques (comme le cheval, le bœuf ou le cochon), des animaux sauvages (comme l'ours, le renard ou l'aigle), des animaux exotiques (comme le babouin, le perroquet ou la dinde) et même des créatures légendaires (comme le dragon, la licorne ou le phénix). Chaque illustration est accompagnée d'un court poème écrit par le poète munichois Georg Schaller. Les poèmes mêlent réalité et légendes d'auteurs de l'antiquité ainsi que de la littérature emblématique de l'époque. Cet ouvrage semble avoir été très populaire et fut réimprimé en 1592 et en 1617. La copie présentée ici est une édition de 1592.

Livre des armes de l'empereur Maximilien Ier

Ce manuscrit fait partie des multiples démarches entreprises par l'empereur Maximilien Ier du Saint-Empire (1459-1519) pour cimenter son héritage. Compilé par Bartholomäus Freisleben, l'ouvrage intitulé Hauszeugmeister (maître d'armes impérial) décrit les différents arsenaux de l'empereur, détaillant les nouveautés de l'artillerie et de l'armement moderne apparues durant le règne de Maximilien. Les riches enluminures du peintre de la cour, Jörg Kölderer (1465-1540 environ), soulignent la fonction de présentation de ce manuscrit, plutôt que de simple inventaire. L'histoire de ce manuscrit est inconnue. Il pourrait s'agir d'une copie de l'original qui, à un moment donné du XVIe siècle, fut la possession de la ville libre d'Empire de Ratisbonne. Bien qu'incomplet, il fut relié et intégré à la bibliothèque municipale. En 1812, il fut transféré de Ratisbonne à la Bibliothèque d’État de Bavière.

La nef des fous

Das Narrenschiff (La nef des fous) écrit par l'avocat de Bâle Sebastian Brant (1458–1521) est l'une des premières œuvres richement illustrées à être imprimée en allemand au XVe siècle et c'est aussi l'une des plus populaires. Dès sa première édition, imprimée en 1494 par Johann Bergmann, un vieil ami de Brant rencontré à l'université, la satire sur la folie humaine de Brant connut le succès dans toute l'Europe. Dès 1574, plus de 40 éditions avaient déjà paru, y compris des traductions en latin, en français, en anglais, en néerlandais et en bas-allemand. Le texte décrit un voyage en mer imaginaire de 112 fous, représentant chacun un certain type de faute commise par les hommes, jusqu'à la terre promise de « Narragonia ». Ce chapelet de fous est dirigé par le lecteur idiot : convaincu de son érudition, il se livre à la chasse aux mouches qui bourdonnent autour de son bureau sur lequel se trouvent des piles de livres, mais ne les ouvre jamais pour acquérir des connaissances. Brant ne critique pas tant la bêtise que le fait de rester bête en refusant de reconnaître ses propres défauts. L'une des raisons du formidable succès de l'œuvre fut sans aucun doute les gravures sur bois de haute qualité qui accompagnent le texte. Le jeune Albrecht Dürer fit partie des artistes qui collaborèrent avec Brant. Dürer quitta Bâle peu après l'achèvement de l'œuvre pour se rendre à Nuremberg. L'ouvrage se trouve à la Bibliothèque d'État de Bavière, à Munich, en Allemagne.

Les sibylles et les prophètes annonçant le Christ sauveur

Ce manuscrit intitulé Sibyllae et prophetae de Christo Salvatore vaticinantes (Les sibylles et les prophètes annonçant le Christ sauveur) est probablement issu de l'atelier de l'enlumineur français Jean Poyer (1445-1504 environ) de Tours. Les sibylles étaient des prophétesses de l'antiquité dont on considère que les prophéties annonçaient l'arrivée du Christ. Cette œuvre est composée de 25 grandes enluminures : une représentation de l'arche de Noé et des enluminures réparties sur 12 doubles-pages. Le côté gauche de chaque double-page représente une des sibylles associée, à droite, à une scène de la vie du Christ et l'histoire du salut qu'elle aurait annoncé. Les scènes sur la droite sont accompagnées d'un prophète de l'Ancien Testament et d'un évangéliste. Le manuscrit fut vraisemblablement acquis par l'électeur Maximilien Ier de Bavière (1573-1651), plus en tant qu'œuvre d'art qu'en tant qu'ouvrage. À ce titre, il fut conservé dans la collection d'art de l'électeur. Il n'intégra la bibliothèque qu'en 1785.

Manuel de combat de 1467

Ce manuscrit de 1467, Fechtbuch (Manuel de combat), contient des instructions pour diverses méthodes de combat, avec plusieurs types d'armure ou sans, à pied ou à cheval. Une série d'illustrations annotées sont consacrées au combat au sabre, à la dague, aux piques et autres armes. On y trouve même les règles d'un duel judiciaire entre un homme et une femme. L'auteur, Hans Talhoffer (1420-1490 environ), fut, de son temps, considéré comme un escrimeur imbattable et l'un des meilleurs professeurs de l'école d'escrime allemande. Sa renommée lui valut d'être engagé comme conseiller et professeur par de nombreux nobles. Parmi eux, le premier duc de Wurtemberg, Eberhard le « Barbu » (1445-1496) qui commanda le présent manuscrit. Le manuscrit a lui-même une curieuse histoire : faisant initialement partie de la bibliothèque des ducs de Bavière, il fut volé durant la guerre de Trente Ans et finit à Gotha. Ce n'est qu'en 1951 qu'il fut revendu à la Bibliothèque d’État de Bavière, où il est aujourd'hui conservé.

Recueil théologique, 764-783 env.

Ce recueil fut réalisé à l'époque de l'évêque Arbeo (764–783 env.) dans le diocèse de Frisingue en Bavière. Il est spécialement remarquable de par son écriture, une forme de minuscule anglo-saxonne, et sa décoration typiquement insulaire : les initiales sont ornées d'animaux et de motifs d'entrelacs, et entourées de points rouges. Ces caractéristiques insulaires doivent être attribuées à un scribe anglais qui exerça à l'époque au scriptorium de Frisingue, ce qui est remarquable, car cette ville se situe en dehors de la région de forte influence des missionnaires anglais au VIIIe siècle. Chose rare pour cette époque, le nom du scribe est arrivé jusqu'à nous. Dans d'autres manuscrits de la même main, le scribe a ajouté un colophon à la fin de son ouvrage, dans lequel il mentionne son nom : Peregrinus (« Pèlerin »). Le texte latin inclut des écritures d'Isidore de Séville (560–636 env.), notamment son ouvrage de méditation spirituelle Synonyma. Saint Isidore, archevêque de Séville, fut un érudit et un théologien considéré aujourd'hui comme le dernier des grands Pères latins de l'Église. Son œuvre devait être connue des missionnaires anglo-saxons qui jouèrent un rôle majeur dans la diffusion du christianisme en Allemagne au VIIIe siècle.