10 novembre 2011

Une carte moderne de l'Espagne

Nova Hispaniae Descriptio (Une carte moderne de l'Espagne) est la première carte bordée de cartouches et l'une des avancées les plus intéressantes de la cartographie hollandaise du XVIIe siècle. Les cartouches étaient utilisés pour compléter les informations géographiques fournies par une carte et pour y ajouter un attrait esthétique. Sur cette carte, basée sur une plaque faite par Gerard Mercator (1512-1594), l'image cartographique est entourée de plans, de vues de villes et de personnages en vêtements d'époque. La marge supérieure inclut des vues des villes d'Alhama, Grenade, Bilbao, Burgos, Vélez-Málaga et Écija. Dans la partie inférieure apparaissent Lisbonne, Tolède, Séville et Valladolid. Dans le coin inférieur droit se trouve un cartouche de la Renaissance couronnée par les armoiries du royaume d'Espagne, flanqué de deux personnages masculins assis et décoré avec trois figures de proue. Sur les côtés, trois personnages féminins et trois personnages masculins en vêtements distinctifs représentent la noblesse, la classe commerçante et la classe paysanne. Dans la marge inférieure se trouve un médaillon avec le portrait du roi Philippe III d'Espagne et une inscription portant le nom du roi. Dans le coin inférieur gauche, l'échelle apparaît sur un piédestal sous l'emblème de la maison d'édition. L'éditeur, Jodocus Hondius (1563-1612), fut un éditeur flamand reconnu qui vécut à Amsterdam et se spécialisa dans la production de cartes et de globes. Il fut un ami de Gerard Mercator et publia son atlas. En 1604, Hondius acheta les plaques de Mercator à ses héritiers et publia une nouvelle édition de l'atlas qui fut constamment augmentée et devint très populaire au XVIIe siècle. Cette carte n'est pas datée, mais le portrait du roi Philippe III d'Espagne (1598-1621) et la date du décès d'Hondius suggèrent qu'elle fut publiée aux alentours de 1610.

Valentia Edetanorum, village du Cid

Cette importante carte de la ville de Valence, sur quatre feuilles, est l'œuvre de Tomas Vicente Tosca (1651-1723), prêtre local, érudit, mathématicien, cartographe et théologien. Il fut le fondateur du groupe Novatores, société scientifique établie dans le but de mettre en cause et renouveler les idées et pratiques dominantes. Le livre le plus important du Père Tosca fut Compendio Matemático (Mathematical compendium), ouvrage en neuf volumes composé entre 1707 et 1715. Outre les mathématiques et la géométrie, cet ouvrage abordait des sujets tels que l'astronomie, la géographie, le matelotage, l'architecture militaire, l'optique et la perspective. Le succès de cet ouvrage fut tel que plusieurs éditions furent réalisées. Il fut également traduit en d'autres langues, y compris l'allemand, le français et l'italien. Tosca conçut et construisit également un grand globe terrestre. La carte de Valence de Tosca, élaborée en 1704, propose des vues détaillées d'immeubles publics et privés, de rues, de places et autres caractéristiques de la ville. Le bord supérieur gauche de la carte montre une allégorie de la ville par Joseph Fortea dans laquelle une femme tient les armoiries de la ville et porte une torche dans sa main ; un ruban sort de son cœur avec la légende Ardet et lucet intus et foris (Brûle et brille à l'intérieur et à l'extérieur). Dans le coin inférieur, dans un grand cartouche baroque décoré de motifs relatifs aux mathématiques et aux beaux-arts se trouve la clé de la carte ou « l'Explication des notes ». Il contient une longue liste de paroisses, couvents, écoles, hôpitaux, palais, maisons, poissonneries et autres endroits de la ville. L'échelle, sur la troisième feuille, est exprimée ainsi : un sur 1 200 paumes valenciennes (unité de mesure égale à 14,7 centimètres).

23 novembre 2011

La Marseillaise

Claude-Joseph Rouget de Lisle (1760-1836), ingénieur de l'armée française, a écrit les paroles et la musique de "La Marseillaise", l'hymne national français, en une seule nuit d'avril 1792. Il voulait que son hymne soit le chant de marche de l'armée française pénétrant en Rhénanie, à la suite du déclenchement de la guerre entre la France, l'Autriche et la Russie. Cet enregistrement, effectué vers 1898-1900, est l'un des premiers enregistrements de l'hymne. En 1893, Henri Lioret (1848-1938), horloger de métier, a mis au point un cylindre conique de celluloïd (un matériau moins fragile que la cire communément utilisée à l'époque pour les premiers enregistrements) monté sur un cadre en laiton capable d'enregistrer du son. Les premiers de ces cylindres, appelés "anneaux de serviette", ont été utilisés presque exclusivement dans des poupées parlantes ; mais Lioret a augmenté ensuite la taille des anneaux, ce qui a permis l'utilisation pour l'enregistrement et la relecture du son. Conformément aux conventions contemporaines, l'enregistrement est précédé d'une annonce. Le nom des musiciens n'est pas donné. Un cornet, instrument (cuivre) particulièrement bien adapté aux possibilités de l'enregistement, accompagne le chanteur.

Le Jeu de la France

Pierre Duval (1619-83) était un neveu du grand géographe français Nicolas Sanson (1600-67) qui parvint grâce à ses propres compétences à devenir "géographe du roi". Dans les années 1660 et 1670, il publia un grand nombre d'atlas et de travaux géographiques. Duval fut le premier en France à concevoir des jeux géographiques destinés à informer et instruire tout en divertissant. Jeu de France est un jeu de l'oie composé de 63 cases, chacune représentant une province, sauf la dernière, qui contient une carte du royaume dans son ensemble. Le jeu offre un aperçu des clichés et stéréotypes que les Parisiens appliquaient aux provinces françaises. La Bretagne est connue pour sa débauche, Tours pour ses jolies avenues, Forez pour ses couteaux et ciseaux, et Ponthieu fut le théâtre des opérations pour l'armée du roi (une référence à la récente guerre franco-espagnole).

Répartition géographique de la population en France, ou densité de population par commune

Victor Turquan (1857-19?) dirigea le Bureau de la statistique de la France de 1887 à 1896. Il rédigea de nombreux ouvrages de statistiques économiques et démographiques, dont des cartes avec des colorations et des isolignes (lignes reliant les points d'égale valeur) graduées. Pour Turquan, « l'étude de la répartition de la population sur le territoire d'un pays appartient autant à la géographie qu'aux statistiques. » À une époque où la couleur était rarement utilisée même dans les tableaux statistiques, il créa cette carte de la répartition de la population en France en utilisant des isarithmes (lignes regroupant des zones aux caractéristiques similaires) et des « zones de couleur » pour délimiter les différentes régions. La capacité de visualisation et la qualité esthétique des cartes de Turquan démarquent son œuvre de celle des autres statisticiens de son temps, et préfigure le développement plus systématique de la cartographie quantitative au XXe siècle.

Plan pour l'amélioration et l'embellissement de la ville de Paris, conformément aux modèles déjà définis par le gouvernement

Charles de Wailly (1730-98) était un architecte français qui est connu de nos jours pour les bâtiments qu'il dessina plutôt que pour ses plans de réaménagement urbain. Le travail qu'il accomplit en qualité d'urbaniste se limita aux environs de l'Opéra de Paris et au nouveau Port-Vendres, dans le Roussillon. De Wailly avait cependant beaucoup d'idées de qualité en matière de réaménagement urbain qui n'allèrent jamais au-delà de l'étape de planification. Il élabora au moins deux concepts généraux pour une rénovation de Paris. L'un d'eux semble avoir disparu ; l'autre, acquis par la Bibliothèque nationale de France en 1913, représente la première tentative d'une réorganisation totale de la capitale. S'écartant des idées des urbanistes précédents, qui avaient proposé un réaménagement de la ville par secteurs, de Wailly envisageait une refonte drastique de l'ensemble du paysage parisien. Son plan comportait le tracé de larges avenues nouvelles, la construction de places publiques, l'érection de monuments, la création de logements en plus grand nombre, la jonction des îles de la ville (Cité, Saint-Louis, et Louviers), et l'amélioration du débit de la Seine. Le plan de Wailly prévoyait non seulement d'embellir la ville mais de tirer parti au maximum de l'efficacité de l'espace urbain.