9 novembre 2011

Siddour

Ce codex est largement considéré comme l'un des mahzorim (livres de prières pour les fêtes juives) d'Espagne les plus anciens parmi les livres médiévaux encore existants. Il remonte probablement au début du XIVe siècle. Écrit en hébreu en caractères carrés séfarades, il contient deux parties distinctes qui furent reliées ensemble par la suite. La plus grande partie forme une Haggadah shel Pesach (le texte de l'ordre du service utilisé au début de la Pâque juive). Elle inclut des piyoutim (poèmes liturgiques, habituellement chantés ou psalmodiés) pour la Pâque juive et des targoum araméen (traduction) de l'Exode, suivie de poésie liturgique pour Chavouot (qui commémore le don de la Torah aux Israélites) et Souccot (la Fête des Tarbenacles). Comme trait le plus caractéristique, on notera la façon dont les mots clés de la liturgie sont illustrés, les caractères étant transformés en grotesques créatures zoomorphes ou anthropomorphes, une mode largement répandue dans les manuscrits juifs médiévaux en Espagne. Le manuscrit appartenait à l'origine à la fameuse collection de manuscrits et d'incunables d'Alexandre, comte d'Hamilton, qui fut acquise en 1882 par l'État prussien. Depuis 1919, les éléments hébreux de la collection sont conservés par le Département oriental de la Bibliothèque d'État de Berlin.

Retour des héros vers la vérité

Cette œuvre de 1861 fut publiée durant la révolte des Taiping, un soulèvement politique et religieux majeur contre la dynastie chinoise Qing qui dura pendant plus de dix ans. Très peu de livres furent réalisés au cours de cette période, c'est pourquoi les publications de cette époque sont rares. L'auteur principal de cet ouvrage est He Chunfa, ministre du Bureau des punitions à la cour de Kan Wang (le roi Bouclier), un titre octroyé par Hong Xiuquan (1813–1864), chef des Taiping, à Hong Rengan (1822–1864), l'un de ses cousins. En 1851, Hong Xiuquan établit le Taiping Tianguo (le Royaume céleste de la grande paix) dans les parties de la Chine contrôlées par les Taiping et prit le titre de roi céleste. Après avoir rallié les Taiping en 1859, Hong Rengan sera rapidement promu à des positions importantes, dont celles de généralissime, premier ministre, ministre des Affaires étrangères et, plus tard, régent du fils de Hong Xiuquan. Au cours de sa jeunesse, Hong Rengan fut instituteur et apprit plus tard la culture occidentale et les enseignements chrétiens à Shanghai et à Hong Kong. Il fut le compilateur principal de trois livres, dont une brochure, imprimés à sa cour. L'ouvrage possède sa couverture originale ainsi qu'une étiquette, sur laquelle figure le titre : Qin ding ying jie gui zhen (Retour des héros vers la vérité, publié sur ordre impérial). Les caractères plus petits, à droite sur la page de titre, indiquent qu'il fut publié par le « Premier ministre et roi Bouclier généralissime », et les quatre caractères sur la gauche annoncent : « Publié sur ordre impérial ». Les caractères les plus petits, en haut de la page, indiquent : « Nouvellement imprimé au cours de l'année xinyou [1861] de notre Père, Frère et Souverain du Royaume céleste de la grande paix ». L'ouvrage proclame les pensées révolutionnaires des Taiping. Ses objectifs sont clairement exposés dans la préface : appeler les héros et les personnalités éminentes à croire en la vérité et à aider le monde. On raconte que les auteurs, qui étaient présents lorsque Hong Rengan accordait une audience à des visiteurs, notèrent soigneusement ses bao xun (précieux enseignements) pour les inscrire dans ce livre. Ils prennent la forme d'un dialogue entre Hong Rengan et un déserteur du camp Mandchou, au cours duquel Hong expose divers systèmes d'usages et de propriété Taiping, affirmant qu'il est important de savoir que le mouvement du corps céleste fait partie de l'ordre naturel. Le livre, en un juan, possède une très grande valeur pour la recherche.

Livre sur la division des frontières géographiques par rapport aux étoiles

L'astronomie antique chinoise servait à faire des pronostics sur les affaires humaines en associant les corps célestes à des États, des comtés, des préfectures et des personnes. Il était alors possible d'effectuer des prédictions sur des évènements favorables ou des catastrophes pouvant concerner des localités ou des personnes, en fonction des mouvements du soleil, de la lune ou des étoiles. Cette méthodologie était appelée fen ye (division des frontières géographiques par rapport aux étoiles). La méthodologie et la théorie sur lesquelles elle se basait existent depuis la dynastie Han (206 av. J.-C. environ – 220 apr. J.-C.). Le système est devenu plus compliqué au fil des siècles, tandis que la division des frontières astronomiques et géographiques se complexifiait. Au cours de la dynastie Tang (618–907), le système fut corrigé, puis adopté et utilisé durant les siècles qui suivirent. Da Ming qing lei tian wen fen ye zhi shu (Livre sur la division des frontières géographiques par rapport aux étoiles) est un livre rare, écrit au début de la dynastie Ming par Liu Ji. Il fut présenté au premier empereur Ming, Hongwu, au cours de la 17e année de son règne (1384). L'organisation de la compilation est particulière, puisqu'elle essaye de délimiter les divisions géographiques en prenant pour référence les 12 étoiles en relation avec les comtés et les préfectures désignés par le Bureau d'astronomie Ming. Son contenu est semblable à celui d'un ouvrage antérieur, Tang shu tian wen zhi (Traités astronomiques dans les archives de la dynastie Tang). À partir des traités astronomiques du Tang shu (Le livre des Tang) datant de 941 environ et du Jin shu (Le livre des Jin) de 648, l'auteur présente chacune des divisions administratives liées à la position des 12 étoiles. La signification et l'origine de ces positions stellaires étaient basées sur les 28 demeures lunaires et portaient les noms de grands personnages, de nations historiques et d'oiseaux totem. Hongwu ayant établi sa capitale à Nanjing, dans la province de Jiangsu, située dans le sud-est de la Chine, l'auteur a commencé par la position de l'astre Douniu Wuyue (Taureau combattant des États de Wu et de Yue) et la région géographique correspondante des provinces de Jiangsu et de Zhejiang. Certaines histoires locales étaient même écrites à l'aide de ce système, ce qui explique pourquoi ce titre-là fut intégré au Xu xiu Si ku quan shu (Supplément au catalogue de la Bibliothèque impériale de Siku Quanshu) en tant qu'ouvrage géographique de la section histoire. L'ouvrage possède une grande valeur historique car il offre des informations sur l'évolution des divisions administratives au cours de la fin de la dynastie Yuan et du début de la dynastie Ming. Il comporte 24 juan, en dix volumes.

Réfuter l'hérésie

Pi xie lun (Réfuter l'hérésie) est l'œuvre de Yang Guangxian (1597–1669), originaire de Shexian, dans la province d'Anhui. Il fut un opposant féroce aux premières missions chrétiennes en Chine. À partir de 1659 environ, Yang assume de lui-même le rôle de militant contre les missionnaires. En 1644, le jésuite allemand Johann Adam Schall von Bell (1592 environ – 1666) est chargé de préparer un calendrier pour la nouvelle dynastie Qing, basé sur les calculs mathématiques occidentaux. Schall sera plus tard nommé directeur du Conseil impérial d'astronomie. Yang soumit un document au Conseil des cérémonies, affirmant que Schall avait commis des erreurs de calcul astronomique et l'accusant lui et d'autres missionnaires de comploter contre l'État et d'endoctriner le peuple avec de fausses idées. Schall, sept astronomes chinois ainsi que d'autres Chinois furent emprisonnés en 1665 et condamnés à mort. Les trois autres missionnaires impliqués, Ferdinand Verbiest, Lodovico Buglio et Gabriel de Magalhães, devaient être fouettés et exilés. Schall et la plupart des Chinois furent libérés par la suite, mais cinq astronomes, tous convertis à la foi chrétienne, furent exécutés. Au cours de la même année, Yang fut nommé à la tête du Bureau d'astronomie, mais il dut quitter son poste en 1668 pour être remplacé par le jésuite Verbiest, qui démontra que Yang s'était trompé dans ses calculs. Le procès de Schall, qui était mort depuis, fut révisé et Yang fut condamné à l'exil. Plus tard, il sera autorisé à rentrer en raison de son grand âge, mais il mourra sur le chemin du retour. Cet exemplaire manuscrit, en un seul volume, est représentatif des travaux de Yang contre les calendriers basés sur les calculs mathématiques occidentaux. Il est formé de trois juan, comportant chacun un sous-titre. D'autres travaux de Yang publiés entre 1662 et 1678 apparaissent à la fin du texte sous forme de cinq appendices, dont Hun tian shi er gong tu shuo (Les douze divisions illustrées de la sphère céleste). Il s'agit d'un exemplaire extrêmement rare.

Calendrier détaillé organisé par thèmes

Lei bian li fa tong shu da quan (Calendrier détaillé organisé par thèmes) fut compilé par Xiong Zongli (1409–1482) au cours de la dynastie Ming. Il réunit deux autres ouvrages Ming, Song Huishan tong shu (Calendrier astronomique encyclopédique) de Song Huishan et Li fa ji cheng (Œuvres complètes sur les calendriers astronomiques) de He Shitai, auxquels il apporta des corrections et qu'il publia sous un nouveau titre. L'œuvre comporte 30 juan. Dans les 19 premiers juan, des tables des matières indiquent le nom des trois auteurs. Dans les juan 20 à 30, aucun nom d'auteur n'est mentionné. Il est possible que ces parties aient été écrites par différents auteurs. Le contenu de l'ouvrage est varié et superficiel et s'intéresse surtout aux prédictions dans la vie quotidienne, comme la pose de la première pierre d'une maison, l'obtention d'un titre ou la promotion à un nouveau poste, la prière et la bénédiction, l'entrée dans le monde adulte des garçons et des filles, les mariages et les noces, la construction d'un étang, les visites chez le docteur, la localisation d'un démon de la peste, etc. Le livre donne aussi des informations, accompagnées d'illustrations, sur la chance et la malchance au cours du cycle de 12 mois, sur les bonnes et mauvaises divinités du cycle de 12 ans du Soleil et de la Lune, sur les emplacements appropriés pour chacune des 12 années, chacun des 12 mois, et ainsi de suite. Le contenu du livre étant étroitement lié à la géomancie populaire concernant la vie quotidienne, il fut bien accueilli et très largement utilisé. Toutefois, les calculs et les prédictions utilisés par l'auteur étaient différents de ceux effectués par d'autres diseurs de bonne aventure, ce qui provoqua une certaine confusion. Au cours de la dynastie Qing, un autre ouvrage, Qin ding xie ji bian fang shu (Traité sur l'harmonisation des époques et la distinction des méthodes) fut publié en 1739 sur ordre impérial afin d'unifier les différentes pratiques de divination. La Si ku quan shu ti yao (Bibliographie annotée de la Bibliothèque impériale de Siku Quanshu) fait référence à cet ouvrage et le qualifie « d'erroné ». Au cours des premières années de la dynastie Qing, des calendriers annuels édités à titre privé commencèrent à faire leur apparition et à être distribués. Durant la seizième année du règne de Qianlon (1751), la cour accorda aux citoyens le droit de publier des almanachs et des calendriers à titre privé dont les exemplaires envahirent rapidement le marché. Cet ouvrage a peut-être constitué l'une des références utilisées au cours de la compilation de l'almanach officiel.

Éclairer la perplexité suscitée par le nouveau calendrier

Xin li xiao huo (Éclairer la perplexité suscitée par le nouveau calendrier) est l'œuvre de Tang Ruowang, nom chinois de Johann Adam Schall von Bell (environ 1592–1666), le missionnaire jésuite et astronome allemand qui devint un important conseiller du premier empereur de la dynastie Qing. Schall fut formé à Rome selon le système astronomique de Galilée. Il arriva à Macao en 1619 où il étudia le chinois et les mathématiques, et atteignit le continent chinois en 1622. Après avoir impressionné les Chinois grâce à la supériorité de l'astronomie occidentale en prévoyant correctement l'heure exacte de l'éclipse qui eut lieu le 21 Juin 1629, Schall se vit offrir un poste officiel important consistant à traduire les livres d'astronomie occidentale en chinois et à réformer le calendrier chinois. Son calendrier modifié offrait des prévisions des éclipses de soleil et de lune plus précises que celles des calendriers chinois traditionnels. En 1645, peu après l'ascension sur le trône du premier empereur Qing, Schall fut chargé de créer un nouveau calendrier, qu'il réalisa à partir du calendrier de 1635 qu'il avait présenté au dernier empereur Ming. Schall supervisa également le Conseil impérial d'astronomie, dont il fut nommé directeur. Ce poste lui permit d'obtenir de l'empereur la permission pour les jésuites d'établir des églises et de prêcher partout à travers le pays. Schall écrit cet ouvrage pour répondre aux questions portant sur le nouveau calendrier et pour souligner les différences entre celui-ci et les anciens calculs calendaires chinois. Cet exemplaire est une édition Qing datant de 1833 et fait partie de la série de juan, Zhao dai cong shu (Œuvres complètes de la dynastie Qing). L'œuvre se présente sous la forme de six questions-réponses. Il y est demandé, entre autres : pourquoi le nouveau calendrier inverse-t-il les positions de zi (bec de tortue) et de shen (trois étoiles), deux des 28 demeures lunaires des constellations chinoises ; pourquoi, pour établir l'heure de la journée, le nouveau calendrier utilise le système de 96 kepar jour (1 ke = 15 minutes) au lieu de l'ancien système à 100 kepar jour et pourquoi ziqi, l'une des quatre étoiles invisibles, avait été supprimée. Pour renforcer sa position et éviter les conflits avec les fonctionnaires conservateurs chinois, Schall adopta une attitude tolérante vis à vis des traditions chinoises, et son calendrier conserva certains éléments concernant la divination quotidienne traditionnelle. C'est ce qui explique qu'à partir de 1648-1649, plusieurs missionnaires dirigés par Gabriel de Magalhães publièrent des documents critiquant Schall, d'abord pour avoir accepté un poste officiel, ce qui était considéré comme un acte en contradiction avec son engagement au sein de la Compagnie de Jésus, et d'autre part pour le contenu de son calendrier qui contenait des éléments de superstition. Schall s'est défendu dans un autre ouvrage, Min li pu zhu jie huo (Notes détaillées concernant le calendrier pour répondre aux doutes), qu'il publia en 1662 avec l'aide du père Ferdinand Verbiest. Après plus de dix ans de débats et de délibérations, l'Église catholique conclut que l'utilisation du Yin et du Yang dans le calendrier de Schall constituait bien de la superstition, mais que prendre la direction du Bureau d'astronomie avait promu l'œuvre missionnaire et était donc autorisé.