Le pavillon aux pivoines

Description

La pièce Mu dan ting huan hun ji (Le pavillon aux pivoines) est l'œuvre de Tang Xianzu (1550–1616), né à Linchuan, dans la province du Jiangsu. Tang obtint le niveau de jin shi en 1583 et assuma plusieurs postes, mais il fut rétrogradé à cause d'une pétition qu'il a écrite. Réintégré plus tard en tant que magistrat du district de Shuichang, dans la province du Zhejiang, Tang abandonnera ses fonctions en 1598. En tant que dramaturge, il connaîtra une grande popularité, mais ses manuscrits non publiés furent soi-disant brûlés par ses fils. Quatre de ses pièces, dont le sujet est le rêve, sont connues ensemble sous le nom des « quatre rêves ». Parmi elles figure cet ouvrage, pour lequel il est le plus connu. Tang termina cette pièce, aussi appelée Huan hun ji (Le retour de l'âme), vers 1588. À l'époque, on racontait partout que n'importe qui dans le pays pouvait réciter ses lignes. La pièce comporte 55 scènes, ainsi qu'une intrigue et des chansons originales qui furent imprimées et réimprimées de nombreuses fois. Les textes de l'auteur ne suivaient pas toujours la musique. Les auteurs ultérieurs ont essayé de conserver la rédaction initiale tout en ajoutant des commentaires et des notes à la pièce, ce qui explique pourquoi il existe différentes versions de cette œuvre. La pièce raconte l'histoire d'amour de Du Liniang et Liu Mengmei, au cours des derniers jours de la dynastie des Song du Sud, dans les années 1270. Un beau jour de printemps, Du Liniang, la fille de 16 ans du haut fonctionnaire Du Bao, se promène dans le jardin où elle s'endort. Dans son rêve, elle rencontre le jeune savant Liu Mengmei. Une belle histoire d'amour fleurit rapidement dans son imagination. Du Liniang devient obsédée par sa liaison imaginaire, dépérit et se laisse emporter par le chagrin d'amour. Trois ans plus tard, Liu se rend dans la capitale pour se présenter à l'examen civil impérial, passe à côté de la tombe de Du et se procure son autoportrait. Il rencontre alors Du en rêve. À sa demande, Liu accepte de l'exhumer, elle revient à la vie et ils se marient. Le père de Du ne peut croire ce qui s'est passé et Liu est emprisonné pour pillage de tombe et imposture. La fin de la pièce suit un schéma que l'on retrouve dans de nombreuses pièces chinoises. Après que Liu ait reçu les résultats de l'examen impérial, pour lequel il obtient la première place, le père revient à de meilleurs sentiments et l'empereur gracie Liu. Parmi les moments les plus agréables de la pièce, on distingue la « marche dans le jardin » et le « rêve surprise » de la scène dix. La pièce souligne la tension entre, d'un côté, la nature de Du Liniang et les codes éthiques qui prévalaient alors et, d'autre part, sa poursuite de l'amour et sa loyauté sentimentale. Cet exemplaire, en deux juan et quatre volumes, fut imprimé en 1617 dans un atelier particulier. L'un des célèbres membres de la famille de graveurs d'Anhui, Huang Mingji, fut spécialement invité pour la gravure des blocs de bois des illustrations. Son trait était fluide et souple, et il introduisit la technique de peinture pointilliste pour les arbres et les paysages. Ces riches illustrations donnent à cette édition une note particulièrement élégante et raffinée.

Dernière mise à jour : 14 février 2012