Les séances d'al–Hariri

Description

Ce manuscrit contient la copie sans doute la plus précieuse qui soit parvenue jusqu'à nous d'al–Maqāmāt al–ḥarīriyah (Les séances d'al–Hariri). L'auteur, Abu Muhammad al–Qasim ibn 'Ali al–Hariri (1054–1122), homme de lettres, poète et philologue arabe, naquit près de Bassora, en Irak actuel. Il est mieux connu pour ses maqâmât (littéralement modes, souvent traduits par assemblées ou séances), recueil de 50 courts récits mêlant le commentaire social et moral aux expressions éclatantes de la langue arabe. Si le genre de la maqâma fut créé par Badi'al–Zaman al–Hamadhani (969–1008), ce sont les séances d'al–Hariri qui le définissent le mieux. Écrites dans un style de prose rimée appelée saj' et entrelacées de vers raffinés, les histoires se veulent divertissantes et éducatives. Chacune des anecdotes se déroulent dans une ville différente du monde musulman à l'époque d'al–Hariri. Elles racontent une rencontre, généralement lors d'un rassemblement de citadins, entre deux personnages fictifs : le narrateur al–Harith ibn Hammam et le protagoniste Abu Zayd al-Saruji. Au fil des siècles, l'ouvrage fut copié et commenté à de nombreuses reprises, mais seuls 13 exemplaires existant encore aujourd'hui possèdent des enluminures illustrant des scènes des histoires. Le manuscrit présenté ici, exécuté en 1237, fut à la fois copié et illustré par Yahya ibn Mahmud al–Wasiti, souvent considéré comme le premier artiste arabe. Il contient 99 miniatures de qualité exceptionnelle. Aucun autre exemplaire connu n'en renferme autant. Les miniatures, reconnues pour leur représentation saisissante de la vie musulmane au XIIIe siècle, sont considérées comme les peintures arabes les plus anciennes créées par un artiste dont l'identité est connue. Al–Wasiti, fondateur de l'école d'enluminure de Bagdad, fut également un calligraphe remarquable, comme en témoigne son beau style naskhi. La popularité quasi immédiate des maqâmât parvint jusqu'à l'Espagne arabe, où le rabbin Juda al–Ḥarizi (1165–1225 environ) traduisit les séances en hébreu sous le titre Mahberoth Itiel et composa par la suite ses propres Tahkemoni, ou séances hébraïques. L'ouvrage fut également traduit en de nombreuses langues modernes.

Dernière mise à jour : 28 février 2017