IntervenantChristopher M. Murphy

Institution Bibliothèque du Congrès

Sujet écriture calligraphique arabe

L'écriture arabe se développa comme un médium artistique et calligraphique sur une période d'environ 1 000 ans, du sixième siècle de l'ère actuelle au seizième siècle de cette ère. Depuis ses humbles débuts de système d'écriture conçu pour enregistrer des données commerciales et occasionnellement des inscriptions funéraires, l'écriture arabe se développa et s'épanouit en un véhicule de renommée mondiale d'expression artistique.

Avec l'écriture du Coran et le début des sciences religieuses islamiques l'écriture arabe dut s'affiner pour répondre aux nouveaux besoins dont elle faisait l'objet. La graphie initiale de l'écriture, par exemple Hijazi, nommée d'après le Hedjaz, où les villes de La Mecque et de Médine sont situées, ne comporte ni marqueurs de voyelles, ni marqueurs de distinction entre des lettres de forme similaire, par exemple, les lettres ba et ta. A la suite de l'Hijazi, et des premières autres formes, la graphie Kufi de l'écriture se développa en Irak durant le huitième siècle de l'ère actuelle, à la fin du deuxième siècle de l'ère islamique. L'écriture Kufi développa rapidement des marqueurs pour les voyelles et afin de distinguer les lettres de forme similaire, et les premiers exemples calligraphiques vraiment magnifiques du Coran furent créés.

Dans les terres islamiques centrales et orientales d'une part, en Afrique du Nord d'autre part, l'écriture Kufi suivit des voies de développement divergentes. Dans l'ouest, le Kufi occidental se transforma en écriture Maghribi utilisée dans l'Espagne musulmane et en Afrique du Nord, et qui donna naissance aux écritures locales de l'Afrique de l'Ouest, communément appelé Sudani, qui sont utilisées pour écrire l'arabe et les langues locales africaines jusqu'à nos jours. Il existe de nombreux exemples raffinés de calligraphie utilisant l'écriture Maghribi, notamment des Corans en grand format copiés durant les quatorzième et quinzième siècles de l'ère actuelle.

Dans les terres islamiques centrales et orientales durant le onzième siècle de l'ère actuelle le Kufi se développa, et fut remplacé par six grandes formes de l'écriture arabe. Il s'agit des formes Naskh, Thuluth, Rayhanni, Muhaqqaq, Taliq et Riqah. Toutes ces écritures sont utilisées à l'heure actuelle et beaucoup, sinon la plupart, des plus grands monuments de calligraphie arabe, qu'il s'agisse de crayon sur papier ou de gravure sur pierre, sont écrits dans l'une de ces écritures. Naskh, Thuluth, Rayhanni et Muhaqqaq sont toutes utilisées pour la copie du Coran, tandis que Taliq et Riqah sont rarement utilisées. Des quatre écritures coraniques dériva le Musahif, l'écriture du livre, qui devint l'écriture la plus couramment utilisée pour copier le Coran. Le Riqah est devenu la forme moderne cursive de l'écriture arabe pour l'usage quotidien dans les terres islamiques centrales.

Dans la Turquie ottomane, en Iran et plus à l'Est la forme d'écriture Nastaliq est utilisée pour la reproduction d'œuvres littéraires et laïques. Cette forme de l'écriture arabe fut développée en Iran sur la base de la combinaison de formes Naskh et Taliq. Son premier grand maître fut le Sultan Ali Mashhadi qui officia à la cour du Sultan Hussein Bayqara, roi de Herat, à la fin du quatorzième et au début du quinzième siècle de l'ère actuelle. Le Nastaliq est utilisé dans le monde islamique oriental ; toutefois, il est rarement utilisé pour copier le Coran.