13 janvier 2015

Extraits et notes sténographiques de Martin Kukučín

Ces extraits et notes sténographiques sont de la main de Martin Kukučín, pseudonyme de Matej Bencúr (1860−1928), figure de proue du réalisme littéraire slovaque. Kukučín travailla en tant que médecin à Prague, en Croatie, puis en Amérique du Sud. Son œuvre littéraire inclut notamment, outre ses ouvrages manuscrits originaux en slovaque, des documents sténographiés. La sténographie de Kukučín se caractérise par plusieurs types de police, enrichis de caractères propres à cet auteur, ce qui rend ses notes incompréhensibles des autres lecteurs. En 1943, le cryptographe et bibliothécaire Ladislav Lorenc entreprit de déchiffrer les notes de Kukučín. À sa mort en 1964, Lorenc était parvenu à réécrire la plupart des documents sténographiques de Kukučin. Kukučín aurait commencé à sténographier en 1910 dans son cabinet de médecin pour rédiger ses prescriptions et documenter ses procédures médicales. Ce type d'écriture finit par devenir si naturel qu'il l'utilisa également pour ses ouvrages littéraires, ses extraits et ses notes.

Cahier d'exercices en anglais

Martin Kukučín, de son vrai nom Matej Bencúr (1860−1928), fut une figure de proue du réalisme littéraire slovaque. Il travailla en tant que médecin à Prague, en Croatie, puis en Amérique du Sud. Le livre présenté ici est un cahier d'exercices en anglais, datant de l'époque où il étudiait au lycée de la ville hongroise de Sopron. Le cahier appartient aujourd'hui aux fonds littéraires de Kukučín, conservés à la Bibliothèque nationale de Slovaquie. Étant donné que Kukučín avait commencé à apprendre l'anglais au lycée, avant de débuter ses études universitaires, les biographes et les critiques ont déduit qu'il envisageait déjà à cette époque de s'établir à l'étranger à la fin de ses études de médecine.

Livret d'épargne de Martin Kukučín

Le carnet présenté ici est le livret d'épargne bancaire de Martin Kukučín (1860–1928), le plus grand représentant de la littérature réaliste slovaque moderne. Kukučín travailla en tant que médecin à Prague, sur l'île de Brač (en Croatie), ainsi qu'au Chili et en Argentine, autant de séjours qui influencèrent son œuvre littéraire. Le livret d'épargne, répertoriant les droits d'auteur que Kukučín perçut pour ses ouvrages, fut ouvert pour son compte le 31 décembre 1910. À cette époque, Kukučín vivait en Amérique du Sud et ne possédait même pas la citoyenneté hongroise. Son vrai nom était Matej Bencúr, mais le livret fut émis sous son pseudonyme, Martin Kukučín. Les transactions notées dans le carnet s'étalèrent sur sept ans en l'absence du propriétaire et sans ses signatures. Le livret, ouvert sous le numéro de document 3050 par la banque d'épargne participative Turčianska (à Martin, en Slovaquie), est aujourd'hui conservé comme un artefact unique de la vie de cet éminent écrivain. Il fut initié et tenu à jour probablement par le Dr Jozef Škultéty (1853−1948), ami de Kukučín, puis administrateur de la Matica slovenská (Fondation slovaque). Appartenant à Škultéty, le document arriva ensuite dans les collections de la Bibliothèque nationale de Slovaquie.

Presbourg, Poson, ou Posonium, cité hongroise représentée par Wolfgang Lazius

Cette vue, en couleur et sur plaque de cuivre, de Bratislava (Posonium en latin, appelée Presbourg durant la période de l'Empire d'Autriche et de l'Empire austro-hongrois) est la représentation populaire la plus ancienne et la plus célèbre de la ville. Cette copie éditée de l'estampe fut créée par le maître allemand Frans Hogenberg (1535−1590). À l'époque de la réalisation de l'estampe, Bratislava était la capitale de la Hongrie et une ville de couronnement des souverains Habsbourg. Sur l'image, le Danube est dominé par le château de Bratislava, siège de la branche hongroise de la monarchie habsbourgeoise jusqu'en 1780. Une note intéressante dans l'angle supérieur droit mentionne Wolfgang Lazius (1514−1565), grand cartographe et humaniste hongrois, également à l'origine de la deuxième carte la plus ancienne représentant la Hongrie (1556). En 1593, cette vue parut dans l'ouvrage Civitates orbis terrarum. Liber quartus urbium praecipuarum totius mundi (Les villes du monde. Le quatrième livre des principales cités du monde), publié à Cologne par Georg Braun et Frans Hogenberg.

Catéchisme, ou bref aperçu et exposé des principaux articles de foi et de la religion chrétienne, que les catéchumènes, particulièrement les écoliers, apprennent initialement. D. Martin Luther

Katechysmus, To geʃt: Kratičke obʃazenij a wyklad přednich Cžlankůw Wyrij a Náboženʃtwij Křestianského čemuž ʃe Lidé Křestianʃʃtij a zwlaʃʃte Dijtky w Sʃkolách počátečné wyvčugij (Catéchisme, ou bref aperçu et exposé des principaux articles de foi et de la religion chrétienne, que les catéchumènes, particulièrement les écoliers, apprennent initialement), publié en 1581, est le premier ouvrage imprimé en langue slovaque dans le territoire de Slovaquie. Il s'agit du fameux « petit catéchisme » de Martin Luther (1483−1546), figure de proue de la Réforme protestante en Allemagne. Le livre fut produit à Bardejov dans l'atelier d'impression de David Gutgesel (1540–1599). Gutgesel naquit à Bardejov, où il vécut et travailla presque toute sa vie. Imprimeur, éditeur et libraire, il fonda son atelier d'impression en 1577. Au cours des vingt années suivantes, il imprima environ 80 titres, aujourd'hui tous très rares, y compris des ouvrages de l'érudit et poète slovaque Ioannes ou Ján Bocatius (1569–1621).

Lettre de Mahatma Gandhi adressée au Slovaque Dushan Makovitsky

La lettre présentée ici, écrite par Mahatma Gandhi (1869−1948), fut envoyée au Slovaque Dushan Makovitsky (1866−1921), secrétaire et médecin personnel du romancier russe le comte Léon Tolstoï (1828−1910). Makovitsky vécut avec Tolstoï dans son domaine appelé Iasnaïa Poliana, situé à près de 200 kilomètres de Moscou. Dans sa lettre, Gandhi remercie Makovitsky pour son explication des vues de Tolstoï sur le concept de la résistance passive. Probablement le seul manuscrit original de Gandhi conservé dans les collections d'une institution slovaque, le document témoigne du rapport unique que les Slovaques entretenaient avec le grand penseur et politicien indien et sa philosophie de la non-violence.

Les sonnets sanglants

Krvavé sonety (Les sonnets sanglants) est un recueil de 32 sonnets de Pavol Országh Hviezdoslav (1849−1921), pseudonyme du poète, écrivain et avocat slovaque Pavol Országh. Hviezdoslav, éminent auteur, fut l'une des grandes figures de la culture et de la littérature slovaques à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. Dans ce cycle de poèmes, il proteste contre la Première Guerre mondiale. Le livre est non seulement une vive réaction envers ce que Hviezdoslav considérait comme l'oppression et l'humiliation de l'humanité engendrées par la guerre, mais également un résumé des opinions sociales, philosophiques et morales du poète. Dans les derniers sonnets, Hviezdoslav exprime son désir de paix et sa croyance dans un ordre mondial plus juste. Bien que l'auteur écrivît le cycle poétique en 1914, peu après le déclenchement du conflit, le livre ne put être publié qu'en 1919.

Portrait de Milan Rastislav Štefánik

Cette image est un portrait du jeune Milan Rastislav Štefánik (1880–1919), politicien et astronome slovaque, également général de l'armée française. En collaboration avec les chefs politiques tchèques Tomáš G. Masaryk (1850−1937) et Édouard Bénès (1884−1948), Štefánik fonda à Paris en 1916 le Conseil national tchécoslovaque, autorité suprême des exilés tchécoslovaques pendant la Première Guerre mondiale. À cette époque, les actuelles République tchèque et République de Slovaquie faisaient partie de l'Empire austro-hongrois. De nombreux exilés cherchaient donc à promouvoir la cause d'une Tchécoslovaquie indépendante après la guerre en soutenant la Triple-Entente (la Grande-Bretagne, la France et la Russie) contre l'Autriche-Hongrie et son alliée l'Allemagne. Štefánik organisa des légions tchécoslovaques en Serbie, en Italie, en Roumanie et en Russie pour combattre aux côtés des Alliés, puis il devint le premier ministre tchécoslovaque de la Guerre. Il mourut dans un accident d'avion alors qu'il revenait en Slovaquie peu après la fin du conflit. Si l'identité du photographe reste inconnue, l'on sait qu'il utilisa le procédé du ferrotype (également appelé melainotype), consistant à prendre une image positive sur une fine plaque de fer ou d'étain.

Musique pour la Saint-Georges

La construction d'une chapelle dédiée à saint Georges, au Palau de la Diputació del General (Palais de la principauté de Catalogne, aujourd'hui appelé Palau de Generalitat de Catalunya, ou Palais du gouvernement de Catalogne), fut décidée durant la session de 1432 de la Cour générale de la principauté de Catalogne, tenue à Barcelone. Saint Georges est le saint patron de la Diputació del General. À la fin du XVIe siècle, la nouvelle chapelle, l'actuel Salon Saint-Georges, fut bâtie pour accueillir la foule se réunissant lors des grandes célébrations, telles que le 23 avril, jour de la Saint-Georges. Ce manuscrit contient l'ensemble des compositions religieuses polyphoniques devant être chantées pendant les fêtes dans la chapelle. Le compositeur, Joan Pau Pujol (1573−1626), présenta les ouvrages aux députés ecclésiastiques, civils et militaires de la Diputació del General entre 1623 et 1626. Selon le musicologue Higini Anglès (1888−1969), le manuscrit est de la main de Pujol. Compositeur et organiste, Pujol fut une figure majeure de la musique catalane du XVIIe siècle. Il est considéré comme le lien entre la fin de la Renaissance et le début de l'ère baroque en Catalogne. Maître de chapelle des cathédrales de Tarragone (1593−1595), d'El Pilar de Saragosse (1595−1612) et de Barcelone (1612−1626), il produisit de nombreux ouvrages religieux et laïques avec une maîtrise impeccable de la polychoralité impliquant la combinaison des voix solistes et des chœurs, et un riche contre-chant. Bon nombre des compositions de Pujol, qui jouit d'une renommée mondiale, figurent dans d'éminents chansonniers de différents pays. Malgré cela, ses œuvres ne furent pas publiées. Ce n'est qu'au début du XXe siècle qu'elles furent retrouvées par le musicologue Felipe Pedrell (1841−1922). Ce manuscrit se distingue par la précision de ses notations musicales. Dans l'incipit de chaque voix, les quatre initiales du début sont enluminées ; la première contenant une représentation de saint Georges. La reliure en cuir brun est ornée de dorures, dont la croix de saint Georges (armoiries de la Diputació del General de Catalogne) gaufrée sur la première de couverture. Le document appartient à la magnifique collection du compositeur et bibliophile Joan Carreras i Dagas (1828−1900). Par la suite, Pedrell lui attribua le numéro 389 dans le premier volume du catalogue de la collection, publié en 1908.

Cinq livres de poèmes par le maître Ján Bocatius, poète royal et lauréat hongrois

M. Ioannis Bocatii Poëtae Laureati Caeʃarei Hvngaridos Libri Poematvm V (Cinq livres de poèmes par le maître Ján Bocatius, poète royal et lauréat hongrois) est un recueil de poèmes de circonstance, en latin, composés par l'historien, diplomate et poète Ioannes, ou Ján, Bocatius (1568–1621). Les cinq livres composant l'ouvrage sont regroupés en différentes catégories : (1) les poèmes martiaux et de guerre, (2) les poèmes encomiastiques (poèmes d'éloge), (3) les poèmes nuptiaux, (4) les poèmes divers et (5) les poèmes funéraires. Bocatius était un Serbe de Lusace (ou Sorabe). Lorsqu'il termina ses études à la fin du XVIe siècle, il devint professeur dans les villes slovaques de Banská Štiavnica, de Prešov, ainsi que de Košice, où il fut également membre du conseil de la ville, notaire, puis maire. Il aida à diffuser les idées de la Réforme protestante dans l'est de la Slovaquie et participa à la révolte d'Étienne Bocskai (également Bocskai István), noble calviniste hongrois, contre les Habsbourg et l'autorité catholique romaine. Le rôle qu'il joua dans cette rébellion lui valut une peine d'emprisonnement à Prague de 1606 à 1611. Bocatius enseigna de nouveau à Košice de 1611 à 1618. En 1618, il fut bibliothécaire à Alba Iulia (Roumanie). Il officia également en tant que diplomate au service de Gabriel Bethlen. Le recueil de poèmes de circonstance de Bocatius fut publié en 1599 par l'imprimeur Jakub Klös (mort en 1618), fondateur d'une presse à Bardejov (1598–1618), publiant et imprimant principalement des ouvrages littéraires, des petits tirages et des traités religieux des auteurs contemporains slovaques.